Chef charismatique de la première croisade

Légende autour de son lieu de naissance

1) Histoire de la toute jeune nation Belge :


Après la chute définitive de Napoléon, les puissances victorieuses, qui décident de démembrer l'Empire Français, réunifient d'autorité au Congrès de Vienne, les anciens Pays-Bas de l'époque de Charles Quint dans le but d'en faire un État tampon. Cette construction politique nommée "royaume uni des Pays-Bas", ne durera pas et aboutira à la Révolution Belge de 1830. À cette date la Belgique voit le jour en tant que Nation constituée. En 1830 la Belgique était peuplée en majorité de néerlandophones mais était dirigée par des francophones, dont de nombreux Flamands : en effet, bourgeois et nobles flamands parlaient Français. La Cour, la classe politique, la magistrature, les milieux d'affaires s'exprimaient en Français. Plus tard, les Flamands ont lutté pour voir reconnaître officiellement leur langue. Cette lutte fut longue : ce n'est qu'en 1898 avec l'adoption de la loi Coremans-De Vriendt dite « Loi d'Égalité », que le néerlandais deviendra la langue officielle.

2) Création d'une Légende sur mesure pour cette jeune nation Belge :


La légende qui fait naître Godefroy à Baisy fut créée en 1830 pendant la révolution Belge, en même temps que la création du nouvel état Belge. L'histoire de ce nouveau pays était à construire, et, il fallait trouver des héros nationaux. La naissance du pays s'opéra dans la douleur, caractérisée par une quasi-guerre civile entre les Libéraux et les Catholiques, les deux camps revendiquaient la paternité de ce nouvel état. Les Catholiques furent les plus réactifs en matière d'histoire, et, ils eurent l'idée de fabriquer un héros national issu de leur rang ( tant qu'à faire ! ). C'est ainsi que Monseigneur de Ram, Recteur de l’Université Catholique de Louvain inventa de toutes pièces la légende de Godefroy "Belge" né à Bouillon ! . La thèse de Monseigneur de Ram, doit être appréciée dans ce contexte. Laissons de coté la forme pour ne retenir que le fond de sa thèse, ou il ne cite aucune source primaire, et pour cause, il n'y en a pas.

Factuellement concernant sa naissance

Quelques précisions sur Ida de Lotharingie mère de Godefroy.

Tous les enfants du Comte Eustache II de Boulogne sur mer et de Ida de Lotharingie, sont nés dans le château du Comte de Boulogne sur mer ( construit sur les ruines des casernes Romaines du II ème siècle, qui fut consolidé et remodelé complétement en 1227 par Philippe Hurepel ).


Sources historiques :

   Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie - Tome V. Années 1853-1854-1855.
    La chronique de Saxe, la chronique de Hainaut, par Gislebert du Mont, Guillaume de Jumièges, Orderic Vital, Lambert d'Ardres et la plupart des chroniques des XI ème et XII ème siècles publiées par dom Bouquet et par M. Pertz.
   Guillaume de Tyr qui a connu Godefroy résume ainsi son lieu de naissance : « Oriundus vero fuit de regno Francorum, de Remensi provincia, civitate Bolohiensi, quae est secus mare anglicum sita ». Lib. IX, cap. V. Tom. I, p. 370.


A cette époque Boulogne était surnommée la ville des Pirates et des Saints. La mère de Godefroy dès lors qu'elle eût épousé d'Eustache II, contribua toute sa vie durant à sanctifier le Comté de son époux , en y faisant construire des églises et des hôpitaux sur ses deniers propres ( le monastère Saint-Wulmer, puis face à l’actuel Hôtel de Ville une église et ses dépendances conventuelles , puis la chapelle Sainte-Catherine, puis le prieuré du Wast en dehors de Boulogne et affilié à Cluny, puis près de Calais sur le territoire de Marck un autre monastère Notre-Dame de la Capelle, etc... ).
chateau de Boulogne sur mer lieu de naissance de Godefroy de Bouillon

Godefroy de Boulogne, naquit en 1057 à Boulogne sur mer.

Godefroy est le deuxième fils d’un riche seigneur flamand "Eustache II -Aux Grenons- Comte de Boulogne" et d’une wallonne niéce du Pape Etienne X "Ida de Lotharingie", héritière de Bouillon (Ardennes, Belgique), et des ducs de Basse-Lotharingie . Godefroy de Boulogne est un descendant de Charlemagne, et, comme son illustre ancêtre, un personnage extraordinaire. Il appartient à un clan de ducs, comtes et évêques, groupe aristocratique qui gouverne la Lotharingie depuis l'an 950. Comme il ne pouvait hériter des terres de son père car deuxième fils, ses parents décidérent de confier son éducation de chevalier à son oncle Godefroy III le Bossu à Bouillon (Belgique). À la mort de ce dernier, il hérite de ses titres d'ou son surnom "Godefroy IV de Bouillon". Toutefois, si l'empereur germanique lui concède le marquisat d’Anvers (1076), il lui interdit en sa qualité de roi de Germanie, le titre de duc de Basse-Lotharingie comme le souhaitait son oncle dans son testament. Godefroy se range néanmoins fidèlement au côté d'Henri IV dans la lutte d'investiture qui oppose l'empereur germanique et le pape Grégoire VII, et entre dans Rome les armes à la main. Pour le récompenser de ses fidèles et loyaux services, l'empereur germanique le reconnaît finalement duc de Basse-Lotharingie en 1087. Il règne désormais sur le duché de Brabant, le comté de Hainaut, le duché de Limbourg, le comté de Namur, le duché de Luxembourg et une partie du comté de Flandre.




Mais il tombe très gravement malade peu de temps après cette expédition à Rome, il y voit un signe du Très-Haut, et il fait le vœu, pour réparer ses torts, d'aller défendre les Chrétiens d'Orient s'il guérit.






Il guérira et tiendra parole !



Sans Godefroy de Bouillon, il y a fort à parier que la première croisade n'aurait pas démarré en 1096, car les seigneurs ne se hâtaient pas particulièrement pour délivrer les lieux Saints. C'est donc cette maladie dont Godefroy de Bouillon faillit mourir, mais dont il réchappa par miracle qui fut le point de départ de la première croisade. Tous les seigneurs d'Angleterre, du nord de la France, de Basse-Lotharingie, de Haute-Lotharingie et de Germanie furent contraints de suivre sans renâcler Godefroy de Bouillon dans son entreprise.

Godefroy de Bouillon Godefroy de Bouillon



Arbre Godefroy de Bouillon

Godefroy de Bouillon, un homme providentiel

Son lignage lui vaut de connaître parfaitement, non seulement les langues de l’époque : le roman et le thiois, mais également les mœurs des peuples qui les parlent. En le choisissant comme chef des croisés, le Roi de France savait qu’il serait à la fois un médiateur des querelles inévitables et un trait d’union entre Lotharingiens, Germains et Français qu’il faudrait entraîner puis galvaniser pour les assauts meurtriers finaux.
Aux côtés de Godefroid de Bouillon, quelques princes et beaucoup de seigneurs ont participé à la délivrance des Lieux Saints de l'an 1096 à 1099 en voici une petite liste non exhaustive :

Baudouin et Eustache III, frères de Godefroy de Bouillon.
Robert II, comte de Flandre.
Pierre de Courtenay, comte de Namur.
Baudouin II, comte de Hainaut.
Englebert et Liétaud de Tournai, les premiers à entrer à Jérusalem.
Hugues de Vermandois, frère du roi de France.
Philippe Ier, et Robert Courteheuse, fils de Guillaume le Conquérant.
Raymond IV de Saint-Gilles, âgé mais chargé de gloire .
Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscard, qui conquit la Sicile.
Tancrède de Hauteville, neveu de Bohémond.
Eudes Ier, dit Borrel, duc de Bourgogne , fils d'Henri de Bourgogne.
Philippe vicomte d'Ypres frère du comte Robert.
Formold préteur d'Ypres.
Bauduin fils de Winemar de Gand.
Siger et Gislebertet fils de Winemar de Gand.
Burchard de Comines.
Hellin de Wavrin.
Gautier de Nivelles.
Gérard de Lille.
Gautier de Sotenghien.
Enguerrand de Lillers.
Jean d'Haveskerke.
Siger de Courtrai.
Walner d'Aldenbourg.
Gratien d'Ecloo.
Hermar de Zomerghem.
Steppo gendre de Winemar de Gand.
Josseran de Knesselaer.
Geoffroy de Saint-Omer.
Guillaume 1er de Saint-Omer (père de Geoffroy de Saint-Omer) .
Gérard et Hugues frères de Guillaume 1er de Saint-Omer.
Bauduin de Bailleul gendre de Guillaume 1er de Saint-Omer.
Gilbodon de Flêtre.
Rodolphe de Liederzesle.
Albert de Bailleul.
Gautier avoué de Bergues.
Folcraw châtelain de Bergues.
Godefroi châtelain de Cassel et son fils Rodolphe.
Arnoul d'Audenarde.
Rasse de Gavre.
Robert de Lisques.
Guillaume d'Hondschoote.
Thémard de Bourbourg.
Francio d'Herzeele.
Eustache de Térouane.
Gérard de Créquy. Seigneur de Créquy, Fressin, Lisbourg, etc.
Erembold châtelain de Bruges
Albo de Rodenbourg.
Adelard de Straten.
Robert avoué de Béthune.
Etienne de Boulers.
Reingotus de Molembeke.
Conon d'Eynes.
Guillaume de Messines.
Guillaume de Wervicq.
Salomon de Maldeghem.
Lambert de Crombeke.
Servais de Praet.
Thierri de Dixmude.
Daniel de Tenremonde.
Herman d'Aire.
Alard de Warneton.
Hugues de Rebecq
et une multitude d'autres chevaliers de Flandre.
Enguerrand Ier, comte d'Amiens, et son fils Thomas.
Hugues II, comte de Saint-Pol, et son fils Enguerrand.
Toute la chevalerie du Hainaut.
Toute la chevalerie du Luxembourg.
Gérard de Martigues futur recteur des Hospitaliers.
Guillaume IX, duc de Guyenne et comte de Poitiers.
Alain IV, dit Fergent, duc de Bretagne.
Etienne, surnommé Henri, comte de Blois.
Renaud et Etienne II, co-Comtes de Haute-Bourgogne.
Louis, fils de Thierry Ier, comte de Bar.
Baudouin II de Rethel , cousin de Baudouin de Boulogne .
Henri Ier, comte d'Eu ou Beauclerc.
Etienne, comte d'Aumale, prince de Champagne.
Roger II, comte de Foix.
Gaston IV, vicomte de Bearn.
Hugues VI, surnommé « le Diable », sire de Lusignan.
Josselin-de-Courtenay, deuxième du nom.
Adémar de Monteil, évêque du Puy.
Raymond Pelet, « dit le Croisé ».
Raymond Ier de Turenne, vicomte.
Raymond du Puy.
Guillaume Ier, dit le Charpentier, vicomte de Melun et Gâtinais.
Clarembaud de Vendeuil.
Thomas de Coucy de Marle. Seigneur de La Fère, Marle, Roucy.
Drogon de Nesles.
Gautier Sans-Avoir.
le comte Hugues de TUBILINGUE et Gautier de TECK.
Guillaume des BAUX et son fils Raymond des BAUX.
Guillaume II, sire Malet de Graville.
Étienne II, comte de Blois.
Le sire d’ALBRET, en Gascogne.
Étienne d’AMBOISE, en Touraine, Poitou et Angoumois.
Guichard d’ARS, en Saintonge.
Jean d’ASNIÈRES, en Saintonge.
Henri D’ASQUES, en Guienne.
Guillaume d’AUBIGNÉ, en Bretagne et Saintonge.
De BEAUCHAMPS, en Saintonge.
De BEAUFORT, en Artois et Guienne.
De BEAUMONT, en Saintonge et Poitou.
De BEAUVILLIERS, en pays Chartrain et Saintonge.
De BEAUVOIR, en Poitou.
BÉGON de La RIVIERE, en Languedoc, Touraine et Aunis.
De BOISSEUIL, en Limousin et Angoumois.
Guillaume de BIRON, en Périgord.
Gaston de BORDEAUX, en Guienne.
Jean de BREUILLE, en Poitou.
Le Sire de CADOUDAL en Bretagne.
Le seigneur de CARDAILLAC, en Limousin.
Pierre et Raymond de CASTILLON, en Gascogne.
Carlo II de CAUMONT, en Armagnac.
Jourdain IV, sire de Chabannais, en Angoumois.
Jean et Brient De CHATEAUBRILLAND, en Bretagne et Poitou.
Le vicomte de CREVANT, en Limousin et Marche.
Guillaume des BORDES, en Angoumois.
Raoul D’ESCORAILLES, en Auvergne, Marche et Angoumois.
Artanove II de FEZENSAC, en Gascogne.
Eustache de FIENNES, en Poitou.
Gérard De GOURDON, en Quercy et Gascogne.
Jean de la JAILLE, en Anjou et Poitou.
Mathieu de la POTERIE, en Poitou et Angoumois.
De la TOUR d’AUVERGNE, en Marche.
Guy de la TRÉMOILLE, en Poitou, Saintonge et Aunis.
De LASTOURS D’HAUTEFORT, en Limousin.
Guy de LÉZIGNEM, en Poitou.
Guillaume LEMOYNE, en Normandie et Aunis.
Louis de MACHECOUL, en Saintonge et Poitou.
Le sire de MAILLÉ, en Touraine et Poitou.
Hélie de MALLEMORT, en Limousin.
Le Sire de MARMANDE, en Guienne.
Gérard de MAULÉON, en Aunis et Poitou.
Guillaume et Jean de MAUVOISIN, en Poitou.
Pierre et Bernard de MONTAGNAC, en Périgord.
MONTAIGNAC, en Limousin et Auvergne.
Philippe et Hugues de MONTBEL, de Foix, Touraine et Saintonge.
Philippe de MONTGOMMERY, en Normandie et Aunis.
De MORTEMERT, en Normandie et Poitou.
Pierre de NOAILLES, en Limousin.
Guillaume IX, comte de Poitou, duc d’Aquitaine.
Héracle De POLIGNAC, en Auvergne et Saintonge.
Renaud, sire de Pons, en Saintonge.
Hugues RIGAUD, en Languedoc et Saintonge.
Rorert de ROFFIGNAC, en Limousin.
Le sire de SAINTE-MAURE, en Touraine et Saintonge.
Harduin de SAINT-MÉARD, en Limousin.
Hugues de SALIGNAC, en Périgord, Limousin et Quercy.
Étienne et Pierre de SALVIAC, en Quercy et Marche.
Raoul de SECONGES, en Saintonge.
Guillaume TAILLE-FER , comte d’Angoulême.
Olivier de TERMES, en Languedoc et Marche.
Raoul et Jean de TESSON, en Normandie, Poitou et Angoumois.
Herbert II, vicomte de Thouars, en Poitou.
Jacques de TOURNEMINE, en Bretagne et Gascogne.
Raymond V, vicomte de Turenne, en Marche.
Guy de TURPIN, en Saintonge et Maine.
Vairon de VAIRES, en Poitou et Limousin.
Gautier de VERNON, en Aunis et Poitou.
Le sire de VITRÉ, en Bretagne et Poitou.

Godefroy de Bouillon, maitre de guerre

Bon à savoir :
Lors du concile de Clermont en Novembre 1095 le Pape avait décidé d'accorder le statut d'homme libre à tout Serf qui prendrait la croix : cette décision eut un écho très favorable parmi la population en Servage. Sans attendre le départ de la grande armée 15 000 Serfs Français partiront dès le mois de Mars 1096 vers Contantinople ils y seront rejoints par 10 000 autres Serfs Allemands et Italiens. Cette cohorte de 25 000 hommes sans armes et sans véritables chefs obtiendra quelques victoires mais finalement se fera massacrer le 21 Octobre 1096 à Civitot près de Nicée. Seuls environ 4 000 hommes, ayant réussi à se barricader dans la forteresse désaffectée adossée à la mer, sont récupérés par la flotte byzantine et installés dans les faubourgs de Constantinople, après avoir été désarmés. Ces rescapés attendront à Constantinople l'arrivée de la grande armée de Godefroy pour repartir au combat. De leur côté, les Turcs épargnérent les croisés les plus jeunes, pour les réduire en esclavage.

Le grand départ :
Le 15 Aout 1096 au départ de Boulogne sur mer, un cortège de 1000 seigneurs et chevaliers, 60 000 hommes armés et 50 000 serfs prit la route de la Terre Sainte , avec comme signe de ralliement, une croix d’étoffe sur l’épaule ou sur la poitrine. Godefroy de Bouillon a organisé cet événement à partir de sa ville natale "Boulogne sur mer" il a coordonné le départ des troupes Anglaises et Françaises, quant à ses propres armèes de Lotharingiens, ils s'agrégèrent au cortège à Aix la chapelle. les seigneurs Germains eux rejoignirent ce cortège à Ratisbonne. La croix des Lotharingiens était de couleur verte celle des Français était rouge celle des Germains était noire tandis que celle des Anglais était blanche. Ce cortège traversa les villes de Saint-Omer, Courtrai, Aix la chapelle, Mayence, Ratisbonne, Vienne, Belgrade, Sofia, Constantinople. Arrivé à Constantinople ce cortège avait considérablement grossi, mais il allait encore tripler avec l'arrivée des troupes d'Hugues de Vermandois, Bohémond de Tarente (dont les croisés portaient une croix jaune), Raymond de Saint-Gilles, Robert Courteheuse. C'est une gigantesque armée qui s'ébranla de Constantinople vers Jérusalem, en traversant les villes de Nicée, Dorylée, Konia, Césarée, Maras, Antioche, Tripoli, Âcre.
En Décembre 1096 l'armée Chrétienne comptait plus de 300 000 hommes (sources 1) si l'on se référe aux chroniqueurs de la croisade. Avant de quitter Constantinople à la fin du mois de décembre 1096, Godefroy de Bouillon accepta de devenir le vassal de l’empereur de Byzance, Alexis Comnène. Les principaux croisés le suivirent dans cette démarche avec réticence, mais Raymond de Saint-Gilles, refusa cette allégeance.
Dès son entrée en Turquie (actuelle) au printemps 1097, l’armée évaluée à plus de 300 000 hommes, livra de très durs combats contre les Turcs. De toute évidence les forces Musulmanes avaient été sous estimées. Les Musulmans excelleront dans l'art de ralentir la progression de l'armée Chrétienne . Le 1er Juillet 1097 Godefroy de Bouillon bat les Turcs Seldjoukides de Kilic Arslan Ier à Dorylée, libérant ainsi la route de l'Anatolie. Commencèrent alors 3 longues années de souffrances dues à la rareté des vivres, au manque d’eau (en battant en retraite, les Turcs avaient empoisonné les sources qui n’étaient pas taries), à la chaleur accablante , aux attaques ennemies incessantes. De guerre lasse, certains grands seigneurs abandonnèrent leurs compagnons pour rentrer en Europe ou pour conquérir des principautés musulmanes traversées. L’expédition fut particulièrement meurtrière, entre les combats, l’épuisement ou la faim, les maladies, nous pouvons qualifier le périple de ces Chrétiens de véritable calvaire. Les Croisés s’emparèrent d’abord de la ville d’Antioche défendue par de hautes murailles et 360 tours. A peine étaient-ils entrés le 3 juin 1099, qu’ils furent assiégés à leur tour par les musulmans. Après avoir enduré à nouveau la famine, ils décimèrent leurs ennemis. Grisés par leur victoire ils prirent la route pour Jérusalem ! Lorsqu’ils arrivèrent devant Jérusalem le 8 Juin 1099, les Croisés étaient moins de 20 000 et la ville était défendue par une forte garnison musulmane. Pendant un mois les croisés furent repoussés par les assiégés qui, du haut de leurs murailles, versaient sur eux des flots d’huile bouillante. Le 8 Juillet 1099 Godefroy de Bouillon et son frère Eustache prirent personnellement la direction des opérations du siège de Jérusalem. Godefroy de Bouillon fit construire en quelques jours trois tours de siège, une pour lui une pour Raymond et une autre pour Robert. La tour de Godefroy fut la première à être opérationnelle. Deux Tournaisiens, les frères Englebert et Liétaud, commandèrent l’étage du milieu. En dessous se groupèrent ceux qui devaient pousser la tour contre les murailles. Godefroy donna l’ordre de placer des sacs plein de foin ou de paille sur la tour et d’y mettre le feu afin que le vent chasse la fumée vers les remparts. Les défenseurs furent bientôt obligés de quitter leur poste. Godefroy fut l'un des premiers à accéder au rempart, puis son frère et les 2 Tournaisiens s’y élancèrent également et entrèrent ensemble dans la ville. Après un combat sanglant qui dura 24 heures, Jérusalem fut prise le 15 juillet 1099, à 3 heures de l’après-midi.
Le tombeau du Christ était libéré !

Sources 1:
Selon Albert d’Aix au départ de l’expédition en Orient, on peut compter 600 000 hommes.
Selon Daimbert de Pise ils sont au départ 400 000 hommes.
selon Foucher de Chartres qui participa à la croisade il estime l’effectif de l’entreprise à 300 000 hommes capables de combattre.
Ces chiffres incluent bien entendu les civils accompagnant les militaires.


Godefroy de Bouillon et le royaume de Jérusalem

Après la conquête du proche orient et la prise de Jérusalem, les Croisés fondèrent le royaume de Jérusalem. Il fallait organiser au plus vite les territoires conquis et déterminer lequel des chefs croisés régnerait sur ces territoires. Godefroy de Bouillon qui s’était imposé par sa bravoure et sa sagesse fut unanimement choisi par les Croisés, qui le proclamèrent roi de Jérusalem. Mais il refusa de ceindre une couronne d’or dans la ville où Jésus-Christ avait porté une couronne d’épines. Il se contenta du titre d’Avoué et défenseur du Saint-Sépulcre pour ne pas mécontenter l’Eglise aux yeux de laquelle une seule souveraineté existait en Terre Sainte : celle du Pape. Godefroy de Bouillon se soumit ainsi à la volonté du Saint-Siège en devenant le représentant laïc de l’Etat pontifical qui venait de naitre en Orient. Il créa un Etat Chrétien suivant les principes de la féodalité et accorda un fief à chacun des chefs de la Croisade. Le royaume de Jérusalem se partagea entre le domaine royal et 4 fiefs principaux. Ces fiefs principaux, ainsi que le domaine royal avaient eux-mêmes des vassaux. Le royaume s’organisa selon les lois et règlements connus sous le nom d’Assises de Jérusalem. Vers la fin de l'année 1099 beaucoup de chevaliers et de seigneurs reprirent le chemin du retour dans leurs fiefs respectifs, le chroniqueur "Foucher de Chartres" présent sur les lieux écrivit que seuls 300 chevaliers décidèrent de rester dans le royaume de Jérusalem. Dès l'année suivante d'autres troupes croisées viendront en Terre Sainte pour défendre ce qui venait d'être conquis par les Chrétiens. Il convient cependant de noter avec le recul, que la présence armée Chrétienne dans le royaume de Jérusalem ne sera jamais de nature à défendre efficacement les états latins, tant il est vrai, que les nouvelles possessions étaient importantes et les effectifs croisés insignifiants.


Godefroy de Bouillon lachement empoisonné

Godefroy IV Duc de basse Lotharingie, plus communément appelé Godefroy de Bouillon mourut à Jérusalem le 18 juillet 1100, sans doute empoisonné par l'émir de Césarée. Il fut inhumé dans l'église du Saint Sépulcre au dessous du calvaire le 23 juillet 1100 . Son frère Baudouin de Boulogne, Comte d’Edesse lui succéda et devint le premier Roi de Jérusalem sous le nom de Baudouin 1er de Jérusalem.
A l’origine le sarcophage en marbre blanc ne comportait aucune inscription conformément au souhait de Godefroy, mais Gormond de Picquigny patriarche du Saint-Sépulcre fit graver sur ce tombeau en 1119, après la mort de Baudouin 1er cette épitaphe : "Ici repose l’illustre Godefroy de Bouillon, qui conquit tout ce pays à la religion chrétienne. Que son âme repose avec le Christ. Amen".

Tombes de Godefroy et Baudouin 1er

Tombes de Godefroy et Baudouin 1er

A la mort de Baudouin 1er en 1118 son sarcophage en marbre blanc identique à celui de Godefroy fut placé face à celui ci. Nous savons par les récits des historiens que les sépultures de Godefroy et de Baudouin étaient à la place d’honneur et les 6 successeurs de Baudouin 1er bénéficiérent d'un sarcophage dans cette église du Saint Sépulcre (jusqu'a Baudoin IV le lépreux). Comme Jérusalem fut reprise par les Musulmans en 1187, les rois suivants du royaume de Jérusalem ne furent plus inhumés dans cette ville.
Donc, les 8 sarcophages de Godefroy de Bouillon, Baudouin 1er, Baudouin II de Bourcq, Mélisende, Foulques d'Anjou, Baudouin III, Amaury Ier, Baudouin IV le Lépreux y restèrent jusqu‘au 16 ème siècle.
Puis, tandis que ceux de Godefroy et de Baudouin Ier restaient à leur place dans l'église, les autres sarcophages pour une raison encore à ce jour inconnue, furent déplacés vers des lieux de passage dans l'église.

Les Musulmans dirigés par Saladin reprendront la ville de Jérusalem en 1187, ainsi qu'une partie du royaume de Jérusalem. Les Chrétiens résisteront encore un siècle dans ce qui restait du royaume de Jérusalem. L'éphémère royaume de Jérusalem créé en 1099 par Godefroy disparaitra en 1291 après la défaite écrasante des Chrétiens à Saint Jean d'Acre .

Lire le récit de la reddition de Jérusalem en 1187    ✅

Sépultures des rois de Jérusalem profanées

L’incendie qui ravagea le Saint-Sépulcre le 12 octobre 1808 épargna les tombeaux, mais les franciscains qui étaient en charge de l'église depuis l'année 1605 étaient tellement pauvres qu'ils ne purent entreprendre les travaux de restauration. Les Grecs Coptes, ennemis héréditaires des Catholiques, en profitérent et, grands seigneurs, proposérent de reconstruire l’église à leurs frais, se gardant bien de leur dire qu'ils profaneraient les sépultures des rois Chrétiens qui s'y trouvaient.
En 1809 leur architecte décida de casser les deux sarcophages de Godefroy et de Baudouin 1er pour en faire des matériaux de construction afin d'édifier les nouveaux murs, et, les ossements et débris de vétements trouvés dans les sarcophages furent jetés dans les décombres qui furent évacués puis dispersés aux quatres vents. A l'emplacement de ces deux sarcophages il fit construire deux bancs en pierre liés dans les nouvelles maçonneries, adossés aux murs et se faisant face. Les 6 autres sarcophages , furent stockés dans la crypte d’honneur.
En 1809, les Chrétiens de France qui avaient survécu à la révolution avaient d’autres préoccupations, l’affaire sombra dans l'oubli et n'eut aucune suite. Le Pape Pie VII lui même ne fut pas troublé par ce scandale, peut-être parce qu'il était Bénédictin.
En 1845, la crypte d’honneur, où reposaient les 6 autres rois de Jérusalem, fut transformée en café, et réfectoire. Les vestiges des sarcophages et leur contenu subirent le même traitement que celui infligé 37 ans plus tôt aux sépultures de Godefroy et de Baudouin 1er. Le Pape Pie IX ne fut pas plus perturbé que son prédécesseur par ce nouveau scandale.
De nos jours, dans la chapelle du Saint-Sépulcre, adossés aux murs et insérés dans la maçonnerie, il existe toujours deux bancs de pierre qui se font face, ces bancs sont à l'emplacement des deux sépultures, et certains voyageurs prennent encore à tort ces bancs pour les tombeaux de Godefroy et de Baudoin.

emplacement de la tombe de Baudouin 1er

emplacement de la tombe de Godefroy