Etre Chevalier de nos jours

La chevalerie au 21e siècle

Dans notre société moderne , le mot Chevalerie évoque toujours un symbole fort, elle y perçoit l’image de valeurs dont elle ressent le besoin : la foi au Christ ,la générosité, l’engagement sans calcul. Selon certains psychosociologues, la société du XXIe siècle rêve d'abandonner les valeurs de la fin du XXe siècle (règne du matérialisme du profit de l'egoisme etc....) . De nos jours , le don, la gratuité , la générosité reviennent en force au coeur de la société moderne . Cette société moderne aspire à ne pas laisser les forces aveugles et l'obscurantisme meurtrir l’époque . C’est justement le message contenu dans l’encyclique Caritas in Veritate publiée en 2009 par Benoît XVI . Benoît XVI prône les entreprises sociales et solidaires, les réseaux de générosité mutuelle , il appelle à une autre idée du vivre-ensemble, tirée du plus profond de la tradition Chrétienne. La vision du pape (« se sentir tous responsables de tous ») s’applique à tous niveaux de la société. Au § 6, l’encyclique dit que la justice est « la première voie de la charité ». Au § 7, elle souligne qu’agir pour le bien commun édifie « cette cité de Dieu universelle vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine ». Ainsi, selon Benoît XVI, justice et bien commun sont les deux critères de l’engagement social Chrétien au XXIe siècle, dans une société « en voie de mondialisation ». Ces critères immuables furent valables pour tous les siècles depuis presque deux mille ans. Ils furent les piliers de la civilisation Chrétienne d'Occident et d'Orient . A bien y regarder , une évidence s'impose : ce que l’Eglise du XXIe siècle recommande aux acteurs du monde économique, l’Eglise du XIe siècle le recommandait aux acteurs du monde féodal . La justice et la solidarité pour servir, humblement et difficilement, un bien commun supérieur : ce fut l’idéal proposé par l’Eglise au Chevalier de l’An Mil , transcendé par le Templier. Cet idéal répond aux aspirations de l’être humain : donc capable de renaître au fil des siècles, sous d’autres formes.
Rien d'étonnant à ce que la simple évocation du mot chevalier puisse garder un sens, dix siècles plus tard, dans un univers bien différent de celui du Moyen Âge . Au XXIe siècle comme au XIe siècle, il s’agit toujours de justice et de solidarité pour un bien commun : une Paix de Dieu à réinventer pour le salut de la société. La source Chrétienne est permanente. Au cours de l’Histoire, où elle irrigue des situations sans précédent, elle fait fleurir des oeuvres inédites – ou donne un sens inédit à des traditions anciennes. Dans le monde barbare du Moyen Age, l’Eglise christianise un phénomène social (les clans de jeunes guerriers à cheval) pour en faire l’outil d’une pacification : ainsi, dit Gérard de Cambrai (1215), « fut promue la chevalerie pour que soit mis fin au chaos ». L’Eglise d’alors veut transformer le combattant sauvage en « bon chevalier » altruiste le Templier en est l'aboutissement. Durant quelques siècles les chevaliers tâcheront, tant bien que mal, d’observer l’idéal incongru qu’on leur propose : défendre la veuve et l’orphelin, faire oeuvre de pacificateurs et non de voleurs criminels. Cette aventure va s’étioler à la fin du Moyen Age, mais elle aura donné naissance à des réalisations mémorables. L’image du chevalier restera pour tous , l’homme loyal, « compatissant envers les souffrants, prêt à secourir, généreux avec largesse » : un archétype qui restera dans la conscience collective.
Notre époque a d’autres aspirations que celle de Bernard de Claivaux ou Chrétien de Troyes. Mais il y a toujours des souffrants qui espèrent le secours de gens désintéressés, et toujours une Eglise qui appelle au désintéressement... Répondre à cet appel de l’Eglise aujourd’hui, c’est affronter des enjeux sans rapport avec ceux d’autrefois. Ainsi l’Ordre des Templiers OSMCS a hérité de symboles légués par l’histoire, mais il agit sur un terrain matériel et moral inédit, en France et à l'Etranger.

En Terre Sainte

Les Templiers avaient à défendre par les armes un royaume terrestre, l’Ordre moderne OSMCS est au service d’une cause de paix : soutenir un peuple chrétien, menacé de disparition par une coalition de forces non chrétiennes. Tâche difficile, dans un monde où le plus petit événement local peut avoir un retentissement mondial... Voici des chevaliers portant la croix , mais pour un combat pacifique et pour le seul Royaume de Celui qui dit : « J’étais en prison et vous êtes venu jusqu’à moi » (Matthieu 25, 36). Ils savent que ce sont des missions permanentes du chrétien : missions qui renaissent sous des formes toujours différentes, puisque les drames humains changent perpétuellement. Saint Bernard au XIIe siècle appelait déjà les chevaliers du Temple « une milice d’un nouveau genre inconnu aux siècles passés »... Dans des genres de plus en plus nouveaux, de plus en plus déroutants, bien d’autres missions chrétiennes allaient se substituer les unes aux autres au fil du temps.

En Occident

En Occident en général et dans la très laïque société française en particulier, le chevalier moderne est appelé (comme tout croyant) à une tâche également humble et difficile : la Nouvelle Evangélisation. « Evangéliser une société entièrement nouvelle », disait le cardinal Lustiger... Or il n’y a pas contradiction, mais accord, entre la nouveauté de cette évangélisation et l’esprit de chevalerie. Humilité et persévérance sont des conditions du témoignage évangélique que ce témoignage soit assumé au sein d’un ordre de chevalerie, accentue le devoir d’être humble et persévérant. Vécu dans la vie courante par le chevalier, son esprit de témoignage s’exprime aussi au service de sa paroisse il s’exprime spécialement dans sa présence aux manifestations liturgiques de l’Ordre. C’est pour lui une responsabilité accrue : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer, devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3,15). Et c’est l’un des débouchés du travail des cercles d’animation spirituelle de l’Ordre, qui participent ainsi à la Nouvelle Evangélisation. Le croyant, écrit Marie-Noëlle Thabut, « n’oublie jamais qu’il fait partie d’un peuple et que toute vocation, loin de le mettre à l’écart, le met au service de ce peuple ». Pour le chevalier moderne dans sa vocation spécifique, ce sont même deux peuples : celui de son propre pays et celui de la Terre Sainte. L’Eglise assigne à notre Ordre (depuis la lettre refondatrice de Pie IX) la forme chevaleresque. Ce n’est pas un luxe ornemental. L’âme chrétienne d’une chevalerie est l’engagement – humble et irréversible – à militer par le don de soi : ceci conduit à une responsabilité sociale et à une vie spirituelle, qui répondent paradoxalement à des attentes très contemporaines : l’esprit de pauvreté surmontant le matérialisme, la gratitude surmontant le doute, l’espérance surmontant l’absurde.

L’esprit de pauvreté

Militer dans l’Ordre est une mission reçue de l’Eglise, qui nous revêt de devoirs en nous vêtant du manteau. Dans tous les domaines il s’agit donc de suivre sa volonté, non les nôtres, et de voir les situations comme elle les voit, non comme les voient nos milieux ou nos sensibilités. Être aujourd’hui « pauvre chevalier du Christ », comme disait saint Bernard, c’est nous dépouiller de nos opinions et de nos réflexes d’intérêts. Tout catholique est appelé à vivre la foi avec cette radicalité a fortiori le chevalier moderne de l’Ordre. Sa mission spécifique comporte aussi « le zèle au renoncement de soi dans une société d’abondance » : ce qui implique un engagement responsable envers les hommes et le reste de la création, (surtout en ce temps de crise de la société de consomption matérialiste), puisque l’Eglise nous demande d’ouvrir les voies d’un nouvel art de vivre en Occident en devenant les pionniers d’une civilisation de la sobriété : « l’autolimitation radieuse » dont parlait Soljenitsyne dans son discours de Harvard.

La gratitude

C’est la spiritualité du chevalier moderne. Au coeur de la nuit s’accomplit l’oeuvre de la Résurrection, à l’insu des disciples et sans mérite de leur part : au contraire ils sont en proie au doute et au désespoir... Jusqu’au bouleversement de l’aube de Pâques. Alors la gratitude les soulève ! Dans une Europe devenue presque étrangère à la culture chrétienne, et où la foi doit être à nouveau révélée, la Nouvelle Evangélisation passe par la découverte de cet élan de gratitude, qui comble imprévisiblement la soif et l’angoisse de l’homme.

L’espérance

Comme l’Eternel enveloppe à l’infini notre très bref temps terrestre, la Résurrection du Christ déborde infiniment l’Histoire qui ne saurait la « contenir » : mais elle frappe l’Histoire de plein fouet et lui donne un sens irréversible, vers l’en-avant et l’en-haut, qui oriente l’engagement du chrétien à travers les siècles. Lorsque le chevalier moderne de l’Ordre OSMCS est adoubé, il s’engage de façon tout aussi irréversible (et ce n’est envisageable qu’avec la grâce de Dieu) : il se voue à témoigner, dans tous les aspects de sa propre vie et en une époque minée par l’absurde, de l’espérance qui vient du Ressuscité traversant le sépulcre. C’était au secret de nos cœurs,au tombeau vide du Seigneur,la voix de l’Ange !
Elle ajouta : Que cherchez-vous ? le corps du Seigneur est en vous.
Soyez ses hommes de confiance !

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