Le Moyen Age Central de l'an 1150 à 1250

Les Croisades 3 4 5 6

3 ème Croisade

Le sultan Un preux chevalier et un noble héros
Son père et sa famille étaient originaires de Dvin, une petite ville située à l’extrémité de l’Azerbaïdjan. Ils étaient Kurdes et appartenaient à la tribu des Rawâdiyah , les Rawâdiyah étant eux-mêmes une branche de la grande tribu kurde des Hadhbâniyyah. Salâh Ad-Dîn naquit en 1138 dans la citadelle de Tikrit , en présence de son père , Najm Ad-Dîn Ayyûb , et de son oncle , Asad Ad-Dîn Shîrkûh. Manifestement , ils ne passèrent que peu de temps dans le château après la naissance de leur rejeton. Ils quittèrent en effet Tikrit , la ville natale de Salâh Ad-Dîn , en 1138 ou en 1139 , pour se rendre à Mossoul , la capitale du Sultan `Imâd Ad-Dîn Zinkî (Zengi). Salâh Ad-Dîn grandit et s’épanouit sous l’aile protectrice de son père et de son oncle. Lorsque plus tard, Nûr Ad-Dîn Mahmûd, fils de `Imâd Ad-Dîn Zinkî , devint Sultan de Damas , Najm Ad-Dîn Ayyûb et son fils Salâh Ad-Dîn lui prêtèrent serment de loyauté. Nûr Ad-Dîn voyait en Salâh Ad-Dîn la réalisation d’un bonheur futur et prolifique. De son côté , Salâh Ad-Dîn se mit à l’école de Nûr Ad-Dîn grâce auquel il put acquérir les voies du bien et la constance de l’effort et de la lutte. Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî devînt le Ministre du Calife fâtimide Al-`Âdid en 1168 , succédant ainsi à son oncle Asad Ad-Dîn Shîrkûh qui ne put profiter du poste de Ministre que pendant quelques mois. L’accession de Salâh Ad-Dîn à ce poste marqua un tournant dans l’Histoire du sixième siècle hégirien. Ce fut alors que fut renversée une dynastie qui expirait son dernier souffle et qui souffrait les affres de la mort. Ce fut alors que s’érigea une nouvelle dynastie qui allait reprendre le flambeau de la lutte et du jihâd contre les royaumes croisés de Syrie et de Palestine. Ce fut cette dynastie qui sauva Jérusalem d’entre les griffes des Croisés qui occupèrent la ville pendant près d’un siècle.
Salâh Ad-Dîn en Égypte
Les dernières années de la dynastie fâtimide en Égypte connurent une lutte acharnée entre Shâwar et Dirghâm pour le poste de Ministre. Aucun des deux ne put remporter la victoire et instaurer son pouvoir. Chacun d’entre eux s’allia à une puissance étrangère pour l’aider à réaliser son objectif. Ce fut ainsi que Dirghâm s’allia aux Croisés et que Shâwar s’allia à Nûr Ad-Dîn Mahmûd, le Sultan d’Alep. Chacune des deux parties répondit à l’appel. Commença alors une course effrénée entre les Croisés et Nûr Ad-Dîn, qui voulaient profiter au mieux de la lutte entre les deux Ministres pour s’emparer de l’Égypte, territoire stratégique qui leur permettrait d’étendre leur pouvoir dans la région. Nûr Ad-Dîn envoya avec Shâwar, qui s’était rendu à Damas pour lui demander son aide, le général Asad Ad-Dîn Shîrkûh Ibn Shâdhî, à la tête d’une armée au sein de laquelle figurait Salâh Ad-Dîn, qui fut contraint par son oncle Asad Ad-Dîn à l’accompagner. Lorsque Asad Ad-Dîn et Shâwar arrivèrent en Égypte , qu’ils purent prendre le contrôle de la situation et tuer Dirghâm, et que Shâwar parvint à réaliser son objectif en regagnant son poste de Ministre et en consolidant son pouvoir , celui-ci trahit Asad Ad-Dîn Shîrkûh et s’allia contre lui avec les Francs. Nûr Ad-Dîn et Asad Ad-Dîn apprirent que des négociations secrètes entre le traître Shâwar et les Francs avaient lieu. Craignant que l’Égypte ne tombât aux mains des Croisés, ils commencèrent à préparer une nouvelle campagne en Égypte , à laquelle participa également Salâh Ad-Dîn. Leur armée parvint sur les lieux en même temps que l’armée croisée et de nombreuses batailles les opposèrent. Finalement, une trêve fut signée entre les deux parties stipulant que chacune des deux armées syrienne et croisée devait se retirer d’Égypte. Mais Asad Ad-Dîn dut mener une troisième campagne en Égypte après que les Croisés eurent dénoncé la trêve qu’ils avaient pourtant signée avec les Syriens. Encore une fois, Salâh Ad-Dîn fut contraint à accompagner son oncle. La lutte s’acheva finalement en 1168 par l’élimination de Shâwar. Le général de Nûr Ad-Dîn , Asad Ad-Dîn Shîrkûh accéda alors au poste de Ministre du Calife fâtimide Al-`Âdid. Très vite, Shîrkûh mourut et ce fut Salâh Ad-Dîn, son jeune neveu de 32 ans, qui lui succéda.
Ses victoires
An-Nâsir Salâh Ad-Dîn était désormais confiant en la solidité du front intérieur. Il passa alors à l’étape suivante : il allait maintenant consacrer toute sa force et toute son énergie à la guerre contre les Croisés. Il mena contre eux toute une série de batailles résonnant comme autant de retentissantes victoires, malgré une cuisante défaite subie quelques années plus tôt à Ramlah. Ces victoires connurent pourtant leur apogée en 1187 avec la bataille de Hattin. Ce fut une immense bataille au cours de laquelle furent capturés le Roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, le Seigneur de Kérak, Renaud de Châtillon, et d’autres grands généraux croisés. Cette grande victoire fut le prélude de la chute successive des villes et des châteaux croisés entre les mains de Salâh Ad-Dîn. Ce fut ainsi que se rendit le château de Tibériade puis que tombèrent des villes comme Saint Jean d’Âcre , Césarée , Naplouse , Arsouf , Jaffa , Beyrouth et bien d’autres encore. La voie était désormais libre pour entreprendre la conquête de Jérusalem. La Ville sainte fut assiégée jusqu’à sa reddition. Salâh Ad-Dîn y entra le vendredi 2 octobre 1187, soit le 27 Rajab 583 de l’Hégire. Ce fut l’une des plus grandes journées de l’Histoire de l’Islam. Toute l’Europe fut secouée en apprenant que les Musulmans venaient de libérer leur Ville sainte. Les Rois d’Europe crièrent vengeance. L’une de leurs plus redoutables croisades fut alors mise sur pied , la plus nombreuse en hommes et en matériel. Trois armées la composait : l’armée germanique , l’armée franque et l’armée anglaise. Deux armées parvinrent à destination, alors que le Roi germanique se noyait en traversant un fleuve d’Asie Mineure , provoquant la dispersion de son armée. L’armée franque, sous le commandement de Philippe-Auguste , parvint à reprendre la ville d’Âcre , tandis que son alliée anglaise , sous le commandement de Richard Cœur de Lion , put s’emparer de la région côtière allant de Tyr à Jaffa , préparant ainsi la voie à la reconquête de Jérusalem. Les tentatives de reprendre la Ville sainte échouèrent néanmoins et Richard Cœur de Lion fut contraint à demander une trêve. La trêve fut signée le 2 septembre 1192 à Ramlah. Elle marquait la fin de la troisième croisade.
Le plus grand des Chefs Musulmans
Salâh Ad-Dîn était d’un courage exemplaire, ne craignant pas la mort. Au cours d’une de ses expéditions maritimes , son secrétaire Al-`Imâd Al-Asfahânî, pris de panique au cours d’une tempête, dit à son Sultan : « J’ai peur. Comment toi, tu n’as pas peur ? » Il lui demanda : « Quelle est la plus belle des morts ? » Le secrétaire répondit : « La plus belle des morts est la mort dans le Sentier de Dieu. » Salâh Ad-Dîn déclara : « Tel est mon objectif. Mon objectif est de mourir de la plus belle des morts. Je ne veux pas mourir sur mon lit. Je veux mourir de la plus belle des morts : la mort dans le Sentier de Dieu. Je veux mourir frappé par une épée ou touché par une javeline ou atteint par une flèche. Je veux être tué dans le Sentier de Dieu. »
Postérité
Lors des négociations de la trêve de Ramlah entre les Musulmans et les Croisés, le Sultan Salâh Ad-Dîn tomba gravement malade et dut rester au lit. Il retrouva son Seigneur le 4 mars 1193 , soit le 27 Safar 589 de l’Hégire. La douleur éprouvée par l’Islam et les Musulmans le jour de sa mort n’avait jamais été ressentie depuis la disparition des Califes Bien-Guidés. A sa mort , il ne laissa ni biens ni terres. Ses conquêtes , les villes qu’il avait prises et qui se comptaient par dizaines , auraient pu lui garantir une fortune incommensurable. Pourtant , à sa mort , on ne retrouva dans son coffre qu’un dînâr en or et quarante-sept dirhams en argent. C’était la preuve manifeste de son ascétisme , de la chasteté de son cœur et de la pureté de ses mains.
Saladin
(Kurde né en Irak à Tikrit) maître musulman d'Egypte (au prix de guerres fraticides avec l'arabie et tous les pays musulmans du proche orient) , a repris Jérusalem en 1187 : les 3 grands souverains d'Occident ne peuvent pas se soustraire à cette nouvelle croisade car les chrétiens n'ont plus la possibilité de visiter le Saint Sépulcre.
Les rois Philippe Auguste , Richard Coeur de Lion et l'empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse rassemblent leurs contingents à Vézelay en 1190 et font le "votum crusis" (voeu de croisade). Pour la 1ère fois , les armées française et anglaise arrivent par la mer : la route de terre des croisades , longue , pénible et périlleuse du fait de la traversée de l'Asie Mineure (Turquie actuelle) , est alors définitivement abandonnée.
Le royaume de Chypre est développé pour former une base arrière aux croisés et ouvrir ainsi la voie maritime vers la Terre Sainte.
La mésentente entre les souverains ne tarde pas à être préjudiciable à l'efficacité de l'expédition : seule la ville de Saint-Jean-d'Acre est reprise en 1191 au terme d'un siège de 2 ans.
Prétextant une maladie , Philippe Auguste rentre en France en 1191 pour continuer sa guerre d'influence contre les anglais en exploitant les tensions entre Jean sans Terre et Richard Coeur de Lion qui est resté en Terre Sainte.
Ce dernier , inquiet de la collusion entre Philippe Auguste et Jean sans Terre , décide de rentrer 14 mois plus tard sans parvenir à reprendre la Ville Sainte : il négocie en 1192 avec Saladin au titre du traité de Jaffa :
      -la reconnaissance des conquêtes des croisés, soit une mince bande côtière entre Tyr et Jaffa ,
      -la liberté de pèlerinage sur les Lieux Saints pour les chrétiens.
Victime d'un naufrage sur la route du retour , il est fait prisonnier par l'empereur d'Autriche qui le livre à l'empereur d'Allemagne , soudoyé par le roi de France : Philippe Auguste est donc soulagé par l'absence de son rival et obtient de Jean sans Terre la rétrocession de la Normandie et d'autres territoires.

4 ème Croisade

Prêchée par le Pape Innocent III en 1198 , cette croisade était l'occasion d'exploiter la mort de Saladin et les guerres fratricides entre ses 17 enfants ! Elle avait pour objectif la prise de l'Egypte , centre de la puissance de Saladin et de ses héritiers.
Cette croisade commence très mal ...
Les croisés se font abuser par Venise : en échange de la mise à disposition d'une flotte pour permettre aux croisés de suivre la voie maritime vers la Terre Sainte , les dignitaires de la ville exigeront en plus d'une importante somme d'argent l'appui des croisés pour le siège d'une ville convoitée (Zara, ville dalmate occupée par le roi de Hongrie).
Une fois la ville restituée aux vénitiens , les croisés se font une nouvelle fois abuser et partent contre l'avis du Pape rétablir la ville de Constantinople à son empereur déchu qui leur promet un appui pour la croisade. La ville est prise en 1203 mais l'hostilité de la population à l'égard de l'empereur et la non tenue des engagements de ce dernier incitent les croisés à piller la ville en 1204. Cette croisade est donc un échec total : aucune tentative de reprise de la Terre Sainte n'a eu lieu !
Cette frustration incitera le Pape Innocent III à prêcher la croisade contre les cathares en 1209 , dont l'hérésie est considérée comme la gangrène de la chrétienté occidentale responsable de l'échec de la 4ème croisade.

5 ème Croisade

Egalement prêchée par le Pape Innocent III (il meurt pendant son voyage de prêche en Italie) , elle est précédée par la croisade des enfants en 1212 , qui échouera misérablement.
Après une expédition infructueuse des rois de Chypre et de Hongrie, le roi de Jérusalem Jean de Brienne tente d'envahir l'Egypte dont le sultan contrôlait la Terre Sainte : il réussit à prendre Damiette en 1219 avec l'aide précieuse des chevaliers templiers.
Trois années plus tard , l'armée occidentale progressant sur le chemin du Caire , se fait surprendre par une crue du Nil et doit capituler : les musulmans leur imposent de libérer Damiette en échange de la possibilité de reprendre la mer sans être inquiété.

6 ème Croisade

Prêchée par le Pape Grégoire IX , elle est confiée à Frédéric II Hohenstaufen , empereur d'Allemagne et roi de Jérusalem. Retardant son départ pour cette croisade en prétextant une maladie , le Pape excommunie Frédéric II : ce dernier arrive en Terre Sainte en 1228 avec seulement 3000 soldats et parvient au bout de 5 mois de négociation à conclure avec le sultan d'Egypte Al-Kâmil le traité de Jaffa :
Jérusalem est rendue au royaume latin ainsi que Nazareth , Bethléem et le territoire de Lydda et Ramala , dans la Ville sainte qui reste ville ouverte , les musulmans conservent l'emplacement du temple avec les mosquées d'Omar et Al-Aqsâ, tandis que les chrétiens reprennent le Saint-Sépulcre.
Cet accord diplomatique entre l'empereur et le sultan sauve provisoirement la face des chrétiens et étonne toute l'Europe : un succès sans une goutte de sang !
Mais des conflits entre factions Musulmanes, non satisfaites d'avoir perdu Jérusalem , vont ruiner le traité dès 1244.