Le Moyen Age Central de l'an 1250 à 1350

Les Croisades 7 et 8

7 ème Croisade

En 1248, la Terre Sainte est reprise par les infidèles : le sultan d'Egypte a repris Jérusalem qui avait été restituée aux occidentaux suite aux négociations de la 6ème croisade, et a massacré l'armée franque. Louis IX entreprend donc une expédition au cœur de l'Egypte afin d'attaquer les sarrasins au cœur de leur puissance, espérant forcer le sultan à céder Jérusalem.
Cependant l'ardeur religieuse est moindre, Louis IX est obligé de forcer un certain nombre de ses proches à prendre la croix avec lui. Il part avec sa femme Marguerite de Provence et ses deux frères, Robert d'Artois et Charles d'Anjou. Le roi embarque à Aigues-Mortes, un port royal en construction qui permettra à la France d'avoir un débouché sur la Méditerranée.
Après une escale à Chypre, les croisés s'emparent de la ville de Damiette, puis se préparent à marcher sur Le Caire où résidait le sultan. Elle ne parvient pas à son but, car elle fut assaillie en route par les sarrasins et taillée en pièces à Mansourah. Le frère du roi, Robert d'Artois est tué avec bon nombre de ses chevaliers, le roi et le reste de l'armée furent faits prisonniers. Après négociation, Louis IX est libéré contre une énorme rançon de 400 000 livres (payée partiellement par les Templiers). Saint Louis passa encore quatre années en Terre sainte, aidant les principautés franques à réorganiser leur système de défense.
Les renforts sur lesquels il comptait ne venant pas, il finit par rentrer en France, en 1254. C'est également la mort de sa mère, Blanche de Castille, qui assurait la régence, qui va décider Louis à rentrer après six années d'absence.
Malgré l'échec de la croisade, Saint Louis gagna le respect et la considération du pape.

8 ème Croisade

L'échec de la septième croisade, que Saint Louis interpréta comme une punition divine l'affecta beaucoup. Pourtant au XIIIe siècle, l'Europe n'est plus, comme au XIIème siècle, mobilisée contre les infidèles. Comme le disait le poète Rutebeuf : "On peut bien gagner Dieu sans bouger de son pays, en vivant de son héritage. Je ne fais de tort à personne. Si je pars, que deviendront ma femme et mes enfants ? Il sera temps de se battre quand le sultan viendra par ici. "
Le danger représenté par les musulmans était devenu moins pressant : déjà expulsés de Sicile, ils étaient méthodiquement refoulés de la péninsule Ibérique. Bien que le tombeau du Christ fût à nouveau sous le contrôle de l'islam, la ferveur religieuse était retombée, de même que s'était dissipé l'espoir d'une colonisation facile et d'une fortune rapide qui nourrissait les rêves des petits seigneurs.
De ce point de vue, Saint Louis n'était pas en accord avec son temps : les bourgeoisies marchandes avaient compris qu'on ne pourrait déloger ni contenir l'islam, mieux valait s'accommoder de son existence et entretenir des relations avec lui. L'état de la Syrie va chaque jour en empirant. Les guerres intestines entre les princes latins continuent comme par le passé les colonies commerciales de Venise, de Gênes et de Pise se font une guerre ouverte, qui, commencée en 1258, se prolonge jusqu'en 1270, pour reprendre avec une nouvelle fureur en 1282. Gênes, vaincue par sa rivale, en arrive à s'allier avec l'empereur grec, Michel Paléologue, contre les Latins de Byzance (1264) et contribue ainsi pour sa part à la chute de la domination occidentale sur le Bosphore (1261). Longtemps ces discordes, tout en affaiblissant le royaume de Jérusalem, n'ont pas de conséquences trop funestes. Les musulmans d'Égypte et de Syrie se font eux-mêmes la guerre et ont à repousser les attaques des Mongols. Ceux-ci, sous Houlagou, détruisent le califat de Bagdad (1258), s'emparent Alep et de Damas (1259). Les princes chrétiens s'allient à eux, mais cette alliance allait se transformer en une guerre ouverte, quand Houlagou est rappelé dans l'Asie centrale par la mort du grand khan. C'est alors que les musulmans rentrent en scène après une longue série de révolutions, un émir, Qothoz, s'installe en Égypte, envahit la Syrie, bat les Mongols à Emesse près de l'Oronte il est tué par Bibars, mais celui-ci, prince astucieux et cruel, musulman fanatique, soumet toute la Syrie musulmane, et nouveau Salah-eddin, se donne pour tâche la destruction des anciens établissements chrétiens. La papauté elle-même, tout occupée à poursuivre l'extermination de la dynastie des Hohenstaufen, se montre indifférente au retour en force des musulmans. Seul, Louis IX, qui n'a jamais perdu l'espoir de tenter une nouvelle croisade, s'efforce par des envois d'argent et de soldats de soutenir le courage des chrétiens d'Orient. Dès 1261, il invite sa noblesse à prendre la croix il la prend lui-même en 1267, avec ses fils et bon nombre de grands barons mais beaucoup de seigneurs, et parmi eux le fidèle Joinville, refusent de suivre cet exemple. Le roi et son frère Alfonse de Poitiers rassemblent tout l'argent qu'ils peuvent et négocient avec Venise et Gênes pour avoir des vaisseaux. Dès février 1268, saint Louis fixe son départ au printemps de 1270.
Après une première campagne de reconnaissance en 1263, Bibars en 1264 avait battu les Mongols et leurs alliés les Arméniens, puis, dès 1265, il s'attaque aux villes chrétiennes de la côte : Césarée succombe, puis Arsouf défendue par les hospitaliers en 1266 il prend Safed, forteresse des Templiers, et détruit près de Tibériade une petite armée de Chypriotes. En 1267 et 1268, il attaque Joppé, prend Beaufort, place du Temple, enfin le 27 mai 1268, Antioche succombe et la Syrie du Nord est à tout jamais perdue pour les chrétiens. Saint Louis cependant se dispose au départ. Il compte sur l'appui de Jacques d'Aragon, mais la flotte de ce prince est dispersée par une tempête (septembre 1269) lui-même revient à Barcelone et seuls quelques Espagnols peuvent atteindre la Syrie. Il compte aussi sur Édouard, prince d'Angleterre, mais celui-ci arrivera trop tard, en somme, il ne trouve de secours en dehors de la France qu'en Frise, d'où quelques milliers de braves gens viendront joindre la flotte française sous Tunis. Car c'est à Tunis que saint Louis veut aller. Il s'est laissé séduire par son frère l'artificieux Charles d'Anjou, qui veut punir l'émir de cette ville, allié de Manfred, et l'obliger à payer tribut on fait croire à saint Louis qu'il ne rencontrera aucune résistance, que l'émir désire se faire chrétien. La flotte met à la voile le 1er juillet 1270 le 8, elle atteint Cagliari en Sardaigne le 16, et jette l'ancre devant Tunis le port était sans défense, l'armée s'installe définitivement sur les ruines de Carthage. Une attaque un peu hardie eût livré Tunis mais saint Louis voulait attendre Charles d'Anjou. Cependant l'épidémie s'est mise dans l'armée l'une des premières victimes est un fils du roi, Jean Tristan, comte de Nevers, qui né en Afrique en 1249 revenait y mourir à l'âge de vingt ans. Quelques jours après le roi tombe malade à son tour et expire le 25 août. L'expédition était dès lors compromise. Charles d'Anjou, qui arrive le jour même de la mort de son frère, ne cherche qu'à la faire tourner à son profit il défait les Sarrasins en plusieurs rencontres et impose à l'émir de Tunis un traité avantageux pour le royaume de Sicile (octobre-novembre 1270). Le bruit courut qu'il avait été acheté ce n'était qu'un bruit sans consistance, mais à vrai dire seul le comte d'Anjou retirait de la croisade un avantage quelconque. Les Français regagnent enfin la Sicile là les Frisons les quittent et se dirigent vers l'Orient. Philippe le Hardi et son oncle se mettent en route pour la France. Au début d'octobre, Édouard, prince d'Angleterre, avait rejoint l'armée française devant Tunis il avait pris la croix dès 1266 et reçu de saint Louis (Louis IX) de fortes avances pour subvenir aux frais de l'expédition. L'honneur lui commandait de tenter quelque chose. Après avoir passé l'hiver à la cour de Naples, il met à la voile au printemps de 1271 et atteint Acre au mois de mai mais tous ses exploits se bornent à quelques razzias sur les troupeaux des bergers turcs, et il ne peut empêcher les chrétiens de Syrie de conclure en 1272 une paix de onze ans avec Bibars, heureux de s'assurer ainsi les moyens de vaincre les Mongols. Quelques semaines plus tard Édouard repartait pour l'Europe. L'échec de la croisade avait rendu toute son activité au sultan Bibars. Au commencement de l'an 1271, il assiège et prend la fameuse citadelle des hospitaliers, le Krak, dont les ruines subsistent encore aujourd'hui un peu après il attaque Montfort, place des Chevaliers teutoniques mais il échoue dans une expédition navale contre Chypre et accorde à ses ennemis la trêve plus haut mentionnée. Cette trêve est du reste rompue dès l'an 1275 par Bibars lui même, qui profite de la minorité du prince Bohémond VIl pour soumettre la principauté de Tripoli à un tribut annuel de 20 000 besants. La nécessité de combattre les Mongols l'oblige à remettre à plus tard ses projets contre les derniers établissements chrétiens, et il meurt à Damas le 19 juin 1277. Depuis Salah-eddin, aucun prince musulman n'avait porté de coups plus terribles à la puissance franque en Syrie.
Cependant la papauté n'a pas renoncé à ses projets. Au concile de Lyon, réuni en 1274 par Grégoire X, on s'occupe de la réunion des deux Églises et du secours de la Terre sainte le pape fait alliance avec les princes mongols, ordonne de prêcher la croisade et décide la plupart des souverains d Europe à prendre la croix. Mais aucun ne se résout à partir à Grégoire X succèdent des papes moins ardents, dont plusieurs ne règnent que quelques mois, et les meilleurs consacrent toute leur influence à venger les Vêpres siciliennes et à combattre la maison d'Aragon. Aussi les chrétiens d'Orient, laissés sans secours, ne peuvent-ils profiter des guerres civiles entre musulmans qui suivent la mort de Bibars, et un émir, Qelaoun, peut établir sa domination tant en Égypte qu'en Syrie, sans avoir à refouler leurs attaques (1270-1280). L'année suivante, il écrase entièrement les Mongols à Hims, et reprend la guerre sainte contre ses ennemis de l'Ouest. Ceux-ci, toujours incorrigibles, usent leurs dernières forces dans des luttes criminelles on se dispute ardemment les malheureux débris de l'ancien royaume de Jérusalem, et ce n'est qu'après de longues années de résistance qu'Acre reconnaît enfin l'autorité du roi de Chypre, Henri II (1286). Les musulmans, cependant, ont accordé des trêves aux différents partis, mais en 1285, ils rentrent en campagne, et Qelaoun entreprend la réduction des dernières places chrétiennes. Markab et Laodicée succombent en mars 1289, il paraît devant Tripoli la ville est prise après un mois de résistance et les habitants sont massacrés. La chute d'Acre semblait imminente mais une trêve de deux ans, mal observée d'ailleurs des deux côtés, la retarde encore un instant. Enfin, en 1290, le sultan se décide à en finir et prépare tout pour une action décisive mais il meurt le 10 novembre, sans avoir vu sa victoire. Son fils, Almelik-Alachraf, prend le commandement de l'armée et marche contre Acre. Les chrétiens ont réuni leurs dernières forces, au plus 20000 combattants, et ils ont résolu de défendre jusqu'à la mort ce dernier boulevard de leur puissance (mars 1291). Mais si beaucoup font leur devoir jusqu'à la fin et périssent les armes à la main, d'autres donnent le signal de la fuite le chef du contingent français, Jean de Gresly et le roi de Chypre quittent la Palestine on envoie à Chypre la majeure partie des bouches inutiles, mais les vaisseaux manquaient, et quand le 18 mai l'ennemi, qu'excitent les prédications des derviches, pénètre dans la place, quantité de femmes et d'enfants restent encore exposés à la fureur des hordes égyptiennes. Le sac d'Acre, à en croire les témoins oculaires, dépassa en horreur tout ce qu'on avait vu jusqu'alors, et les Turcs y donnèrent librement carrière à tous leurs instincts brutaux. La domination chrétienne était à jamais ruinée en Syrie, et ce malheureux pays perdait pour toujours la prospérité dont il avait joui pendant de longues années. Les dernières places tenues par les Occidentaux, Tortose, Beyrouth, Tyr, sont évacuées sans résistance.

Scission au sein de l'ordre du Temple

1252-1256

Entre mars 1251 et mai 1252 , pendant la septième croisade entreprise par Saint-Louis , le grand maître des templiers Renaud de Vichier (1250-1252), prit sur lui d'engager des négociations secrètes avec l'émir de Damas , Al-Nâsir Yûsuf. Quand Renaud de Vichier finit par s'en ouvrir au roi pour obtenir son accord. Saint-Louis en fut profondément irrité car dans le même temps il négociait une trêve avec les Mamelûks d'Egypte qui prévoyait la rétrocession de Jérusalem contre l'abandon par les Francs de l'alliance avec les ayyûbides de Damas. Pour punir l'insubordination des templiers, Saint-Louis décida de les humilier publiquement et devant toute son armée , il fit défiler le grand maître et ses chevaliers sans chausse , accompagnés de l'émissaire de Damas. Arrivés devant le roi , Saint Louis obligea Renaud de Vichier et ses frères à s'agenouiller devant lui et à faire leur mea culpa. Le grand maître , s'adressant à l'émissaire de Damas, admit publiquement qu'il avait mal agi et qu'il regrettait d'avoir négocié ces accords.
Pour les templiers l'humiliation infligée par le roi de France était inacceptable. Le grand maître fut démissionné et remplacé par Thomas Bérard. C'était une chance inespérée pour le parti anglais en pleine déconfiture. Renaud de Vichier était un proche du roi de France. Thomas Bérard , une fois devenu grand maître , pouvait tout à loisir reprendre la politique d'Henri III. L'élection de Thomas Bérard pourrait se situer entre janvier et octobre 1252 pour une fourchette large , mais à notre avis plutôt entre mai et août 1252.
Cette humiliation publique était intolérable et Renaud de Vichiers refusa de se soumettre à la décision du Chapitre Général. Probablement que cette décision avait été acquise a une courte majorité. Le Chapitre Général se trouvait divisé en deux. Fort de cette situation , Renaud de Vichiers refusa de remettre son sceau et faisant comme Evrard des Barres en son temps , il suivit le roi et ré-embarqua avec lui pour la France. C'est dans la province templière de France , sous la protection de Saint Louis que Renaud de Vichiers continuera à jouer le rôle de Grand Maître.

A partir de 1252 , l'ordre du Temple se trouve donc dans une situation ubuesque avec deux Grands Maîtres à sa tête : Thomas Berard , le dix-neuvième Grand Maître de l'ordre des Templiers , élu entre mai et août 1252 , et Renaud de Vichiers , l’ancien Grand Maître. C'est pour cette raison que dans les mêmes années , entre 1252 et 1256 , on peut trouver deux actes dans lesquels ces deux grands maîtres sont cités.

Dans le premier acte datant d'octobre 1252 , qui se trouve dans les archives de l'ordre de Malte (Div I. vol 18. pièce I) , Thomas Berard est désigné Grand Maître. A la fin de ce document , parmi les témoins de l'acte , Roncelin de Fos se trouve en première place (voir notre article sur Roncelin de Fos).

Dans un deuxième document , à Paris aux Archives Nationales , sous la cote J 198 B.n°100 , il est possible de trouver le sceau du Grand Maître Renaud de Vichiers sur un acte datant de juillet 1255. Cet acte concerne le règlement d'un litige avec Marguerite « par la grâce de Dieu , reyne de Navarre, de Champaigne et de Brie , comtesse palatine » . Renaud de Vichiers agit en Occident comme si de rien n'était et nous avons bien pendant la même période deux actes faisant état de deux Grands Maîtres du Temple .

L’Église catholique apostolique romaine avait eu l'habitude au Moyen-Age d'avoir des papes et des anti-papes. Mais pour l'ordre des Templiers cette situation était une première. Elle perdurera jusqu'à la mort de Renaud de Vichiers le 20 janvier 1256.

Au décès de Renaud de Vichiers , on aurait pu croire que les partisans de ce Grand Maître , soutenus par le roi de France , auraient réclamé l’élection d'un nouveau Grand Maître entraînant l'ordre dans un dangereux bras-de-fer qui pouvait être synonyme d'une scission définitive entre les partisans de Saint Louis soutenus par l’Église romaine et les tenants de l'indépendance de l'ordre vis-à-vis du roi de France représentés par Thomas Berard. L'ordre allait-il sombrer dans des divisions internes ? Il semble que Thomas Berard et son soutien le plus influent , Roncelin de Fos, aient eu le temps pendant la période du double magistère de s'allier la plus grande partie des provinces de l'ordre. On peut croire qu'ils s'étaient forgé un solide réseau d'influence grâce à un outil redoutable : les fameux statuts secrets de l'ordre des Templiers.

Frères élus et frères consolés ont veillé au grain , et aucune scission de l'ordre ne sera à constater après la mort du dix-huitième Grand Maître de l'ordre des Templiers.

Les discrets soutiens du Grand Maître Thomas Berard

Dans le conflit qui opposait le Grand Maître Thomas Berard , qu'on suppose de nationalité anglaise , au Grand Maître Renaud de Vichiers soutenu par le roi de France , il apparaît de plus en plus clairement qu'outre l'appui du roi d'Angleterre , Thomas Berard bénéficiait aussi , à travers Roncelin de Fos , du soutien de la très puissante confrérie gibeline des rois Mages.
L'histoire de cette confrérie reste à faire. La confrérie des Rois mages avait été fondée en 1164 par Rainald von Dassel ( 1120-1167) , archevêque de Cologne et chancelier de l'empereur germanique Frédéric Barberousse (1122-1190).
Il semble qu'à l'origine cette confrérie ait été chapeautée par trois archevêques : celui de Cologne, celui de Mayence et l'archevêque de Besançon. Parmi les membres éminents de cette confrérie , il faut citer l'archevêque de Mayence Christian Ier von Buch , l’auteur de la fausse lettre du prêtre Jean qui sera en partie reprise à la fin du XIII° siècle par l'écrivain allemand Albrecht von Scharfenberg dans son roman du Graal. Avec son œuvre , Der Jüngere Titurel , Albrecht von Scharfenberg s'impose aussi comme le continuateur de l’œuvre inachevée Titurel du chevalier poète wolfram von Eschenbach.
En Provence , où le templier Roncelin de Fos fut plusieurs fois maître de cette province , la situation de la confrérie des Rois Mages était un peu particulière.
Très vite , l'archevêché de Besançon avait été repris par des prélats hostiles aux gibelins. Dès lors la confrérie des Rois Mages en Provence passera sous la tutelle de la maison seigneuriale des Baux de Provence. Cette maison prétendait représenter les intérêts du Saint-Empire germanique en Provence du fait d'un diplôme datée du 10 d'août 1145 qui leur accordait le « Regnum Provincia » et le droit exclusif de battre monnaie à Arles , à Aix ou à Trinquetaille délivré par l'empereur germanique Conrad III (1093-1152). Ce diplôme leur sera renouvelé en 1160 par l’empereur Frédéric Barberousse. La maison seigneuriale des Baux de Provence prétendait aussi descendre du roi Mage Balthazar , et la devise de cette maison était "A l'azard Bautezar".
Il est reconnu aujourd'hui que Roncelin de Fos avait des liens de parenté avec cette très influente maison seigneuriale des Baux de Provence. La confrérie des Rois Mages en Provence fait aussi le lien entre wolfram von Eschenbach et le mystérieux Kyot le Provençal , que Wolfram nous permet d'identifier par un subtil indice inséré dans son œuvre Parzival.

On peut remarquer dans les documents de Hambourg que la règle des Frères Élus approuvée par Roger de Montagu, précepteur de Normandie , est datée précisément d'août 1252 et que la Normandie faisait partie des territoires qu'Henri III cherchait à reprendre au roi de France. On peut penser que c'est sous la maîtrise de Thomas Bérard que les articles de la règle secrète vont s'imposer à tout l'ordre des templiers , comme le laisse entendre le témoignage du précepteur d'Aquitaine et de Poitou Godeffroy de Gonneville.

Epilogue

Les documents de Hambourg doivent être reconsidérés. Rien ne permet de penser que les statuts secrets publiés par le professeur Merzdorf soient des faux. L'étude du contexte historique au contraire semble crédibiliser ces documents. On a du mal à croire que des faux grossiers du 19ème siècle puissent s'appuyer sur des faits que les historiens contemporains commencent à peine à redécouvrir cent trente ans plus tard. Les données historiques nous permettent aussi de qualifier ces documents. Le caractère 'gibelin' des statuts secrets explique en partie le ton agressif envers l'Église romaine. Les articles de ces statuts doivent encore être débattus , comme la fameuse figure du Baphomet - qui à l'origine n'est pas propre aux templiers mais est issue de la tradition symbolique bénédictine et dont la connaissance était exclusivement réservée aux moines contemplatifs. Cette figure s'introduira dans l'ordre du Temple via le canal de la liturgie des chanoines réguliers , que la Règle du Temple leur imposait de suivre.
D'une manière générale , la structure des statuts secrets semble se rapporter à la tradition des moines de la stricte observance bénédictine , ces 'fils de la vallée' si chers à Saint-Bernard. Les pratiques des templiers ne sont pas tant à chercher du côté des hérétiques comme s'est acharné à le faire croire le roi de France Philippe le Bel , mais plutôt dans la tradition des moines bénédictins , patinée il est vrai d'un fort gibelisme anti-clérical.
De ce point de vue , les statuts secrets des templiers constituent une véritable rupture avec la vision sacerdotale du monde soutenue par un monarque de droit divin comme Saint-Louis. On pressent qu'un certain idéal monastique n'est pas totalement étranger à cette rupture au sein du Temple. A ce propos , on relève l'anecdote suivante : en 1214 , un certain Roncelin de Fos "qui par suite d'embarras financiers , s'était fait moine , fatigué bientôt de la règle monastique qui , cependant n'était pas d'une grande gêne dans sa façon de vivre , ayant repris la vie séculière avait vendu audacieusement pour subvenir à ses nouvelles dépenses et pour la seconde fois , les biens qui lui avaient déjà été payés." Si Roncelin de Fos dans sa jeunesse a été moine - ce qui n'est pas impossible si on n'admet qu'il serait décédé après l'âge de 80 ans - cela expliquerait sa maîtrise du latin et sa connaissance de certains mystères. Maître Roncelin , avant d'être un révolté , aurait goûté au pain des anges.