Le Moyen Age Central de l'an 1250 à 1350

Début de la fin

Les Templiers chassés de la terre Sainte

chute des Templiers Téléchargez ici un petit mémo de la chute des Templiers !

Au début du XIIIe siècle , l'ordre du Temple, chassé de Palestine, n'en dispose pas moins encore d'une force militaire impressionnante de quinze mille hommes , bien plus que n'aurait pu en lever n'importe quel roi de la chrétienté. Mais, de soldats, les Templiers se sont reconvertis en banquiers administrateurs de biens et ont complètement perdu de vue la reconquête des Lieux saints.
C'est que de considérables donations ont rendu l'ordre immensément riche et l'ont transformé en l'une des principales institutions financières occidentales... et la seule qui soit sûre. Il gère ainsi, en véritable banquier , les biens de l'Église et ceux des rois d'Occident (Philippe le Bel , Jean sans Terre , Henri III , Jean Ier d'Aragon...).
Ses commanderies qui abritent les moines-soldats, avec aussi une vocation caritative , couvrent l'ensemble de l'Europe médiévale d'une véritable toile d'araignée. On peut voir au sud d'Angoulême, à Cressac, une chapelle rescapée de l'une de ces commanderies et ornée de peintures murales qui évoquent les croisades.
L'opinion européenne commence à s'interroger sur la légitimité du Temple. Le roi Philippe le Bel lui-même a souvenance que les Templiers ont refusé de contribuer à la rançon de Saint Louis lorsqu'il a été fait prisonnier au cours de la septième croisade. Il entend aussi quelques méchantes rumeurs sur les moeurs prétendument dépravées et diaboliques des moines-chevaliers...

Un retour en France difficile

Qu'à cela ne tienne. Suivant une idée déjà ancienne , évoquée par Saint Louis et les papes Grégoire X, Nicolas IV et Boniface VIII, Philippe le Bel souhaite la fusion de l'ordre du Temple avec celui , concurrent , des Hospitaliers afin de constituer une force suffisante pour préparer une nouvelle croisade à laquelle le roi de France et le pape Clément V sont très attachés.

Machination Royale

L'affaire est mise à l'ordre du jour de plusieurs conciles et l'on élabore même en 1307 un projet dans lequel Louis de Navarre aurait été grand maître du nouvel ordre. Son dramatique échec résulte de l'opposition obstinée du grand maître Jacques de Molay ainsi que de l'agressivité du ministre du roi , Guillaume de Nogaret.
Déçu dans ses attentes , le roi de France presse le pape d'agir contre l'Ordre.
Clément V ouvre une enquête le 24 août 1307 pour laver les moines-chevaliers de tout soupçon mais l'affaire traîne en longueur et Philippe le Bel prend l'affaire en main. Il décide d'arrêter les Templiers sous l'inculpation d'hérésie , sans prendre la peine d'en référer au pape.

Fin tragique

Arrestation des Templiers

Guerriers redoutables, protégés par le pape dont ils dépendaient directement, à la tête d’une puissance financière et économique considérable, les Templiers se croyaient invulnérables. C’est d’ailleurs une des raisons de la haine de Philippe le Bel contre eux.
Le secret de l’arrestation et sa préparation fut bien gardé, car aucune alerte n’a pu être communiquée , bien que les lettres aient été envoyées dans toute la France et en Europe quelques jours avant.
Il est étonnant qu’aucun avertissement , aucune information n’ait pu leur parvenir . Pendant le procès les Templiers furent séparés et ne purent mettre au point une défense commune. Moines soldats, rompus aux combats et aux périls les plus divers , les Templiers ne s’étaient pas préparés à une attaque aussi perfide. Ils se laissèrent arrêter sans résistance dans leurs commanderies fortifiées. Le nombre de Templiers arrêtés, tués et ceux qui ont pu s’échapper est mal connu. Certains récits parlent de 1500 Templiers en armes à Lyon. Le nombre de commanderies en Europe est estimé à 10 000 ! Le Roi et le pape furent en désaccord sur le montant des biens à se partager.
En dehors des objectifs financiers, le procès est l’occasion pour Clément V d’essayer de restaurer l’autorité papale en Europe. Pour Philippe le Bel, malgré son sacrement à Reims par le pape, souhaite affirmer son indépendance et son pouvoir divin sur tout son royaume. Les cindyniques nous apprennent qu’il faut souvent rechercher les causes d’une catastrophe dans l’apparition de divergences dans les éléments d’une situation. Elles ne manquent pas dans le drame des Templiers. Malgré leur passé glorieux pendant les croisades et l’aide financière que les templiers apportèrent aux Rois de France , Philippe le Bel les sacrifia pour un sordide problème d’argent. Le pape n’ignore pas l’horreur des tortures par l’inquisition mais la tolère au début pour les interrogatoires puis l’interdit.
Clément V non convaincu de la culpabilité des templiers, ému par les tortures , fera cesser les activités des inquisiteurs et ordonnera la formation d’une commission plus « réglementaire ». La procédure engagée par les autorités ecclésiastiques aboutira à un procès très long et controversé et forcera Philippe le Bel à patienter 7 ans et à communiquer avec le souverain pontife.

Pour ne pas donner l'impression d'être désavoué, le pape choisit la fuite en avant et , le 22 novembre 1307 , ordonne à son tour l'arrestation des Templiers dans tous les États de la chrétienté et l'ouverture d'une enquête sur leurs crimes supposés.

Suppression de l'Ordre des Templiers

Le roi obtient de Clément V la suppression de l'ordre, au concile de Vienne, en 1312. Elle est officialisée le 02 mai 1312 par la bulle «Vox in excelso» , bien qu'il soit tout à fait exceptionnel qu'un ordre religieux soit purement et simplement dissous. Le 3 mai 1312, le pape affecte le trésor des Templiers à l'ordre concurrent des Hospitaliers , à l'exception de la part ibérique qui revient aux ordres militaires locaux. Le roi de France et ses conseillers plaident en faveur de cette solution , respectueuse de la volonté des nombreux bienfaiteurs du Temple. En 1313 , sur la base de documents comptables , l'ordre de l'Hôpital restitue 200.000 livres au trésor royal pour solde de tout compte. Le successeur de Philippe , Louis X , réclamera toutefois un supplément , estimant que son père a été floué. L'affaire est close en 1317 , quand le nouveau roi Philippe V reçoit 50.000 livres supplémentaires.
Avec l'affaire du Temple , la monarchie capétienne montre qu'elle entend suivre son intérêt politique et ne plus se comporter en vassale de l'Église.
Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, emprisonné depuis octobre 1307 dans la prison du Temple, fut conduit devant la cathédrale de Notre-Dame pour entendre le verdict du procès, en compagnie de Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, de Hugues de Payraud, visiteur général de l'Ordre, et de Geoffroy de Gonneville, Commandeur d'Aquitaine. La sentence des juges est la prison à vie. Mais Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay haranguèrent la foule en disant que leurs aveux avaient été volés , que les Templiers n'avaient commis aucun crime et étaient victimes d'une machination. Les deux hommes furent alors condamnés au bûcher. Le lendemain, 19 mars 1314, sur le bûcher dressé sur l'île aux Juifs, en face du Palais de la Cité, Jacques de Molay s'écrie : "Pape Clément ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste chatîment ! Maudits ! Maudits ! soyez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !" La malédiction du grand-maître allait s'avérer :
Clément V meurt le 20 avril 1314 d'étouffement.
Philippe le Bel décède dans la nuit du 26 au 27 novembre 1314 d'un ictus cérébral ses trois fils mourront dans les 12 années à venir , sans laisser de descendance mâle , mettant ainsi fin à la lignée des Capétiens directs.

Le Moyen Age Central de l'an 1250 à 1350

Les Templiers abandonnés de tous

Ultime tentative du Pape Clément V pour sauver les Templiers

Le parchemin de Chinon a été daté du 17 au 20 août 1308. Il fut préparé par Robert de Condet , un ecclésiastique du diocèse de Soissons qui occupait les fonctions de notaire apostolique. Les notaires apostoliques publics étaient Umberto Vercellani, Nicolo Nicolai de Benvenuto , Robert de Condet et maître Amise d’Orléans le Ratif. Les témoins de la procédure étaient frère Raymond, abbé du monastère bénédictin de Saint-Théofred (diocèse d’Annecy), maître Berard (ou Bernard) de Boiano, archidiacre de Troyes , Raoul de Boset, confesseur et chanoine de Paris , et Pierre de Soire , superviseur de Saint-Gaugery du Cambrésis. En outre , selon le document, trois autres copies plus détaillées furent rédigées par les autres notaires publics. Les participants signèrent tous les documents et y apposèrent leurs sceaux. Selon le parchemin , « leurs paroles et confessions furent écrites exactement telles qu’elles furent intégrées ici par les notaires listés plus bas , en présence des témoins ci-dessous. Nous avons aussi ordonné que ces choses soient formulées de cette manière officielle et validées par la protection de nos sceaux. » Le parchemin de Chinon est mentionné dans plusieurs livres de référence sur les Templiers. Par exemple , le parchemin a été publié au xviie siècle par Baluze dans un ouvrage intitulé « Vitae Paparum Avenionensis » (Vies des papes à Avignon). En 2001, Barbara Frale a trouvé une copie du parchemin dans les Archives secrètes du Vatican. Deux ans plus tard, elle a publié un article sur sa découverte dans le Journal of Medieval History, et a également consacré un livre en italien à la question. Le parchemin de Chinon fait également partie des documents sur le procès de l'ordre du Temple conservés aux Archives secrètes du Vatican et publiés en 2007.
Chinon est la ville française où Jacques de Molay et les autres Templiers ont été interrogés.
Des agents du pape ont en effet mené une enquête au château de Chinon (diocèse de Tours) pour vérifier les plaintes contre les accusés. D’après ce document, le pape Clément V ordonne à Béranger Frédol , cardinal-prêtre de Saints-Nérée-et-Achilée , à Étienne de Suisy, cardinal-prêtre de Saint-Cyriaque-des-Thermes , et Landolfo Brancaccio , cardinal-diacre de Saint-Ange-de-la-Pêcherie de mener l’enquête sur les Templiers accusés. Les cardinaux déclarent alors « ... par cette déclaration officielle destinée à toute personne qui la lira... (que) sa Sainteté le pape souhaitant et recherchant la vérité pure, complète et sans compromission de la part des responsables dudit Ordre, à savoir frère Jacques de Molay, maître de l’Ordre des Templiers , frère Raimbaud de Caromb , précepteur des commanderies des Templiers en Outremer , frère Hugues de Pairaud , précepteur de France , frère Geoffroy de Gonneville , précepteur d’Aquitaine et de Poitou , et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie , nous a ordonné et mandés, spécifiquement et par sa volonté exprimée par la parole , afin que nous puissions examiner en toute diligence la vérité en questionnant le maître et les précepteurs susmentionnés — l’un après l’autre et individuellement , en ayant sommé les notaires publics et des témoins dignes de foi. »

Absolution discrète du Pape Clément V en 1308

Le premier à être interrogé , le 17 août 1308, fut Raimbaud de Caromb. Au terme de l’interrogatoire, les cardinaux lui accordèrent l’absolution (c'est-à-dire le pardon de fautes commises et reconnues) : « ...Après ce serment, par l’autorité de Sa Sainteté le pape qui nous a été spécifiquement accordée dans ce but , nous avons étendu à frère Raimbaud qui le demandait humblement et selon l’usage accepté par l’Église , la miséricorde de l’absolution de la condamnation à l’excommunication que les actes susmentionnés avaient causée , le réunifiant de la sorte à l’unité avec l’Église et le réintégrant dans la communion des fidèles et les sacrements de l’Église. »
Le 17 août également , les enquêteurs du Pape interrogent ensuite Geoffroy de Charnay, qui fut lui aussi absous.
Puis, toujours le 17 août , vint le tour de Geoffroy de Gonneville qui reçut également l’absolution.
Le 19 août 1308 , Hugues de Pairaud fut le quatrième à être interrogé et il fut de même absous.
Enfin, le Grand Maître fut interrogé en dernier , le 20 août 1308. Les cardinaux interrogateurs lui accordèrent également l’absolution.
Selon le document , tous les interrogatoires des accusés qui se sont déroulés du 17 au 20 août 1308 ont été effectués avec la présence systématique de notaires publics et de témoins rassemblés pour l’occasion. Parmi les chefs d’accusation figuraient la sodomie , la dénonciation de Dieu , des embrassades illicites , des crachats sur la Croix , et l’adoration d’une « idole » le Baphomet. Le corps du texte décrit l’apparence des accusés , les serments qu’ils prêtèrent, les accusations qui pesaient contre eux, leurs interrogatoires, les dénonciations, les demandes d’absolution qu’ils avaient faites , et la délivrance de cette absolution par les agents du pape. Un extrait de l’interrogatoire de Jacques de Molay se lit ainsi : « Interrogé pour savoir s’il avait confessé ces choses à cause d’une demande , d’une récompense, de la gratitude , d’une faveur , de la peur , de la haine ou de la persuasion d’une tierce personne — ou à cause de la crainte d’être torturé , il répondit par la négative. Lorsqu’on lui demanda si , après son arrestation , il avait été soumis à la question ou à la torture , il répondit par la négative. » Un extrait de l’absolution donnée à Jacques de Molay est rédigé de la sorte : « Après cela , nous avons décidé d’accorder la miséricorde de l’absolution pour ces actes au frère Jacques de Molay , maître dudit ordre dans la forme et la manière décrite plus haut , il a dénoncé en notre présence l’hérésie susmentionnée et toute autre hérésie , et a juré en personne sur les Saints Évangiles du Seigneur , et a humblement demandé la miséricorde de l’absolution. Il est donc réintégré dans l’unité de l’Église et de nouveau admis à la communion des fidèles et les sacrements de l’Église. »

Le parchemin de Chinon permettrait ainsi de mieux connaître certaines pratiques des Templiers , et de confirmer que les confessions des accusés , qui ont tous admis avoir craché sur le crucifix à la demande de leurs confrères lors de leur initiation , ont toutes été extorquées sous la torture, ou par la menace de la torture. Geoffroy de Gonneville aurait été le seul à n’avoir pas dénoncé ni craché sur la Croix malgré la pression. Quant aux autres , ils assurent avoir « renié le Christ de bouche, mais non pas de coeur ». Tous nient également avoir pratiqué la sodomie. Ils expliquent que les Templiers s’embrassaient en signe de respect (d'où le terme "baiser").

Seul Hugues de Pairaud a admis avoir vu la « tête de l’idole » qu’on accusait les Templiers d’adorer il l’aurait vue à Montpellier , en la possession de frère Peter Alemandin , précepteur de la commanderie de cette ville. Hugues ajoute qu’il souhaiterait que les coutumes et traditions pratiquées par l’Ordre durant l’initiation soient abolies afin de corriger de tels méfaits. Tous précisent qu’ils ont confessé à un prêtre ou à un évêque la totalité de leurs offenses à la foi catholique , pour lesquelles on leur a infligé des pénitences puis accordé l’absolution.

Une vidéo de Connaissances des Arts et de l'Institut national du patrimoine.

Intervenants :
- Ghislain BRUNEL - Conservateur des Archives nationales - Section anciennes
- Alain DEMURGER - Maître de conférence honoraire à l'université de Paris I Panhéon-Sorbonne
- Eric LAFOREST - Atelier de reliure et de restauration des Archives nationales

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