Le Moyen Age Central de l'an 950 à 1050
La ferveur Religieuse

Au début du Moyen Âge , la foi religieuse était déjà profonde et bien ancrée chez les chrétiens européens. Malgré une tendance à générer un certain fanatisme , elle ne s'exalta que rarement jusqu'à la violence. Les choses changèrent cependant à mesure que grandissait et s'étendait la menace de l'Islam... A partir de l'an 100 de notre ère , les conversions au christianisme au cœur même de l'Empire romain alarmèrent les dirigeants impériaux. Sous le règne de Néron , la persécution s'effectuait à une cadence vertigineuse. Le théologien Origène qui s'était castré pour ne pas succomber au péché de chair écrivait alors : « La foi en Jésus Christ s'assoit , se nourrit et s'étend sur des montagnes de martyrs ». La logique et la morale de la pensée gréco-latine ne pouvait comprendre la chrétienne. Alors que les Romains se livraient avec délice au paganisme , l'empereur Constantin Ier fut frappé par une vision , et se convertit subitement au christianisme. En fait ce césar se souciait moins de ses convictions que d'une opportunité diplomatique. Dans ce bouillon de culture très particulier que fut le Moyen Âge , bourré de fantaisies démoniaques et de visions angéliques , deux acteurs tiennent un rôle de premier plan : Dieu et Satan. Deux antithèses mères de tous les excès entre ferveur et exaltation. Hors le Ciel ou l'Enfer , point d'alternative au genre humain en cette période sombre. Sauver son âme telle était l'objectif. Pourtant au début des invasions barbares, Dieu était craint , ses colères étaient redoutées , mais finalement en quittant l'époque mérovingienne , le Dieu exerçant les châtiments est progressivement devenu un Dieu bienfaiteur incarnant le Bien , et Satan est devenu la personnalisation du Mal.

Le Moyen Age Central de l'an 950 à 1050
Exemples de Ferveur Religieuse

La croisade contre les albigeois.

La La promesse du retour glorieux du Christ,
la parousie, étant restée vaine dans les temps qui ont suivi immédiatement sa vie terrestre, le sentiment de l'imminence de ce retour s'est évanoui. Dans l'Occident médiéval chrétien, plusieurs sources permettent de calculer la venue du Christ et le début du Jugement dernier. Ces sources, censées dévoiler les secrets de la fin du monde, sont appelées apocalyptiques. L'Apocalypse de Jean évoque le retour de Satan mille ans après que le Christ l'a enchaîné dans les Enfers. Mais ce texte est hautement symbolique, et saint Augustin, vers l'an 400, note déjà que le nombre 1 000 a plutôt une valeur spirituelle et n'est pas une indication précise concernant la fin des temps : ce mystère n'appartient qu'à Dieu, et à lui seul. Le millénarisme se définit comme l'attente d'une période exceptionnelle de bonheur (théoriquement de mille ans). Mais l'institution ecclésiastique tend très rapidement à le blâmer. En 431, le concile d'Éphèse condamne la compréhension littérale du millenium évoqué dans l'Apocalypse. Sa lecture ancre dans les esprits l'idée que, avant ou après le millenium du règne du Christ, des prodiges doivent annoncer la venue de la fin des temps. En Espagne, une pensée apocalyptique se développe particulièrement durant la première moitié du Moyen Âge : le royaume des Wisigoths, qui envisagent la fin des temps, baptise toutes ses populations dans un souci de purification. Préparer les fidèles à l'affrontement avec l'Antéchrist .
ferveur religieuse ,
fut le grand symptôme du Moyen Âge , à la chute de l'Empire romain , le christianisme apparaissait comme une L'installation des Arabes en Espagne en 711,
est interprétée comme un signe avant-coureur de la fin du monde. Dans les royaumes demeurés chrétiens du nord de l'Espagne, les commentaires les plus riches de l'Apocalypse sont copiés. Notamment celui que rédige en 776 Beatus de Liébana : il s'agit du texte le plus reproduit dans les monastères espagnols entre le VIIIe et le XIIe siècle. Son succès s'explique par l'accent mis sur la divinité du Christ dans l'Apocalypse - tandis que les Évangiles en donnent une image plus humanisée -, mais aussi par l'espoir de l'ultime victoire des persécutés que porte cette oeuvre, alors que les Asturies chrétiennes font face à la pression musulmane. Au fil du premier millénaire, à partir de l'Apocalypse et d'autres textes de la Bible, tel le Livre de Daniel, un scénario de ce qui doit survenir se met en place. Le dernier acte doit se dérouler à Jérusalem, pendant une durée de sept années, qui fait écho à la semaine de la Création. D'abord, le dernier empereur déposera les insignes de sa charge sur le mont des Oliviers. Puis deux prophètes, Hénoch et Élie, reviendront sur terre pour préparer les fidèles à l'affrontement avec l'Antéchrist. Celui-ci régnera pendant trois années et demie : il reconstruira le Temple, où il se fera adorer comme Dieu, et martyrisera les fidèles qui lui résisteront. Enfin, l'Antéchrist sera tué au moment du retour du Christ, revenu pour le Jugement dernier. Cet enchaînement d'événements se retrouve, de plus en plus détaillé et affirmé, dans diverses oeuvres, et atteint sa forme la plus raffinée dans le traité De la venue de l'époque de l'Antéchrist, rédigé par Adson de Montier-en-Der (v. 930-992). Toutefois, ces ouvrages ne désignent pas forcément l'an mille comme l'âge de l'avènement de l'Antéchrist.
religion jeune et vigoureuse. ,
Un processus d'expansion soumis à des évolutions du point de vue dogmatique et spirituel , lui donnait un beau dynamisme. Cependant les hérésies et les schismes florissaient et se multipliaient. L'un des plus dangereux schismes était sans doute l'arianisme qui niait la divinité du Christ. L'une de ces hérésies fut celle des bogomiles de Bulgarie , et qui s'étendit jusqu'à l'Occident.
Ce fut alors une grave crise Vers 1045,
le moine et chroniqueur Raoul Glaber décrit les différents prodiges qui auraient suivi le millénaire de la Passion du Christ. Après 1033 se multiplient selon lui les signes et les événements surnaturels, qu'il interprète comme une façon pour Dieu de punir les hommes de l'énormité de leurs péchés et, surtout, de les inciter à la pénitence. Raoul Glaber insiste sur ces faits, après coup, car il veut montrer à quel point "les péchés de la terre retentissaient jusque dans les cieux". Il lie d'ailleurs explicitement l'accumulation de toutes les calamités qu'il décrit au déchaînement de Satan prédit dans l'Apocalypse. Sigebert de Gembloux (v. 1030-1112) présente un tableau encore plus terrifiant de l'an mille : tremblement de terre effrayant, comète au sillage fulgurant, apparition d'un serpent dans une fracture du ciel... Plusieurs chroniques du XVIe siècle reprennent son témoignage pour décrire de véritables scènes de panique dues à la croyance dans l'imminence de la fin des temps. Pour le moine et chroniqueur Adémar de Chabannes, la multiplication des hérétiques signe la venue de l'Antéchrist. Comme celle de faux prophètes, dans la Bible, annonce la fin des temps. Raoul Glaber évoque un certain Leutard, "qui peut être tenu pour un envoyé de Satan". À la suite d'un message délivré par des abeilles, il a tout quitté et est allé par les routes tenir des discours qui "faisaient oublier la doctrine des maîtres". La survenue de prodiges est également perçue comme un signe annonciateur de l'imminence du Jugement : ces prodiges mettent parfois en scène des saints et des reliques pleinement reconnus comme valides par les autorités ecclésiastiques. Il faut dire que les rites chrétiens connaissent alors des mutations qui vont de pair avec une attention plus accrue donnée aux miracles impressionnants, qui peuvent faire intervenir les éléments, les astres, et tenir proprement du surnaturel. Les reliques prennent une importance renouvelée et participent à certains de ces miracles décrits de façon colorée, tels ceux de sainte Foy à Conques.

Les auteurs de l'an mille sont particulièrement attentifs aux signes venus du ciel. L'éclipse de Soleil qui eut lieu le 29 juin 1033, au millénaire de la Passion du Christ, a évidemment marqué davantage les esprits. Raoul Galber dit que "le soleil prit la couleur du saphir, et il portait à sa partie supérieure l'image de la lune à son premier quartier. Les hommes, en se regardant entre eux, se voyaient pâles comme des morts. Les choses semblaient toutes baigner dans une vapeur couleur de safran. Alors une stupeur et une épouvante immenses s'emparèrent du coeur des hommes. Ce spectacle, ils le comprenaient bien, présageait que quelque lamentable plaie allait s'abattre sur le genre humain." L'histoire du monde divisée en trois âges Le calcul du temps, et notamment celui de la parousie, demeure un élément essentiel de la pensée chrétienne. Des personnages charismatiques, mais considérés avec suspicion par les autorités ecclésiastiques, vont continuer à centrer leur pensée sur l'attente de la fin du monde, annonciatrice d'une ère de plus grande pureté morale. Le plus célèbre d'entre eux est Joachim de Flore (v. 1135-1202), un moine calabrais visionnaire, qui considère que l'histoire du monde doit être divisée en trois âges, eux-mêmes composés de trois âges. Joachim pense que son époque est celle où doit commencer le dernier âge du troisième âge : celui de l'Esprit. Certains franciscains voient en François d'Assise un annonciateur du Christ et de ses mille ans de règne heureux sur terre. Reprenant les prophéties de Joachim, ils imaginent que la parousie pourrait survenir vers 1260 ou 1300. Le pape Jean XXII a condamné les joachimites en 1326.
religieuse ,
en France qui vit s'affronter l'Église catholique aux Cathares et aux Albigeois. La croisade entreprise par la papauté contre l'hérésie cathare fut commandée par l'ambitieux Simon de Montfort. Les armées papistes ravagèrent l'Aquitaine , entraînant des milliers de victimes et détruisant la culture la plus raffinée de l'époque : la civilisation occitane issue du mythe de la chevalerie , de l'honneur chevaleresque et de l'amour-courtois , honorée par les troubadours.

Le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

St Jacques le majeur était fils de Zébédée et frère de saint Jean. Ils étaient pêcheurs sur le lac de Tibériade , compagnons de Simon et d'André. Ils étaient dans la barque de leur père et réparaient les filets quand Jésus , passant sur le rivage , leur dit :"Suivez-moi." Ils le suivirent. Avec Pierre , Jacques et Jean seront les plus proches des apôtres de Jésus. Ils sont à la Transfiguration , ils entrent auprès de la petite fille de Jaïre. Ils seront au jardin des Oliviers. Jacques , comme Jean , désire la première place auprès du Maître (Marc 10. 37). Il y gagnera l'annonce de son martyre: "Ma coupe , vous la boirez." De même quand il veut faire tomber le feu du ciel sur un village inhospitalier , ce fils du tonnerre s'attire une réprimande. Jésus ne ménage pas ceux à qui il accorde sa confiance privilégiée. Jacques but la coupe du Seigneur en l'an 43, lors de la persécution d'Hérode. Etienne avait eu la place de premier martyr. Jacques le suivit de peu. A la fin du 7ème siècle, une tradition fit de Jacques l'évangélisateur de l'Espagne , avant sa mort ou par ses reliques. Son corps aurait été découvert dans un champ grâce à une étoile : le campus stellae , devenu Compostelle.
Après Jérusalem et Rome, ce fut le lieu d'un des plus célèbres pèlerinages de la chrétienté au Moyen Age et de nos jours encore. Fête de saint Jacques , Apôtre. Fils de Zébédée et frère de saint Jean l’Évangéliste , il fut appelé par Jésus au bord du lac de Galilée avec son frère. Il fut témoin, avec Pierre et Jean, de la Transfiguration du Seigneur et aussi de son agonie. Décapité par ordre du roi Hérode Agrippa, aux environs de la Pâque en 42, il fut le premier des Apôtres à recevoir la couronne du martyre.
La tradition raconte qu'après avoir été décapité en Judée , les restes de Saint Jacques le Majeur , apôtre du Christ , auraient été amenés dans le plus grand secret sur la côte de Galilée. De là , on suppose qu'ils furent embarqués pour la Galice extrémité de la péninsule ibérique. Un culte primitif local entretint et perpétua la mémoire de cet événement , tenant secrète la sépulture jusqu'à sa découverte au IXe siècle. La nouvelle se répand alors dans le monde chrétien de l'Europe de manière vertigineuse enflammant les esprits , exaspérant la foi de tous. Un engouement pour ce nouveau culte apostolique va drainer des foules pèlerines en quête « d'extraordinaire ».
Des hommes se mettent en route , à pied par les sentiers et les chemins peu sûrs , traversant rivières impraticables et denses forêts au mépris de tous les dangers. Les pèlerins d'Europe se retrouvent en France et traversent notamment le col de Ronceveaux (la Chanson de Roland).
L'élan de la Reconquista espagnole donnera de l'ampleur au pèlerinage.

Les ordres religieux.

La vie monastique a pris forme , dans ses structures essentielles, entre le IIIe et le XIIe siécle. Selon la tradition chrétienne , le monachus (moine) mène une existence retirée , plus ou moins solitaire , ceci est vrai pour l'ermite et , à un degré moindre , du cénobite (celui qui vit avec d'autres moines).

Les ordres monastiques (bénédictins , cistérciens)

L'ordre bénédictin , fondé au VIe siècle par saint Benoît de Nursie , est le plus ancien ordre monastique d'Occident. À partir du XIe siècle, l'ordre se diversifia : clunisiens , camaldules , chartreux... En 1098 , avec la création de Cîteaux par Robert de Molesme , naissait l'ordre des cisterciens , dont le théologien le plus célèbre fut saint Bernard , abbé de Clairvaux. Mais les entorses à la pureté primitive de la règle se multiplient , le prestige des cisterciens décroît au profit des ordres mendiants.

Les ordres mendiants (franciscains, dominicains)

Saint Dominique part prêcher dans le pays languedocien en proie à l'hérésie cathare. Il prend conscience de l'ignorance de la population et du clergé. Il fonde à Toulouse en 1215 , l'ordre des dominicains , une communauté de prêtres destinés à mener une sainte vie , à la prédication itinérante et à l'enseignement. C'est une innovation que de concevoir une vie religieuse au contact des foules et non dans un monastère isolé. Saint François d'Assise , quant à lui, fondateur des franciscains (1210) fait une rencontre personnelle avec le Christ qui le conduit à se dépouiller de tout son passé et à épouser Dame Pauvreté. La vie intérieure de St François est marquée par la réalisation de son propre péché et de la miséricorde de Dieu qui vient racheter. Les franciscains portent une robe brune avec une corde pour ceinture (ce qui leur a valu le nom de cordeliers) , habit des pauvres de leur temps.