Les Ordres Militaires du Moyen Age

Les Hospitaliers de SAINT LAZARE DE JERUSALEM

A la différence des autres ordres militaires et religieux qui s’établirent en Terre-Sainte, Saint-Jean, Le Temple ou Sainte-Marie des Teutoniques qui dépendaient de l’Eglise Latine, l’Ordre de Saint-Lazare était sous la juridiction de l’Eglise d’Orient. En l’absence du Patriarche Grec Melkite, le Maître de Saint-Lazare était suffragant (grand électeur) de l’archevêque des Arméniens. Après la prise de Jérusalem par les croisés, en 1099, les chevaliers devenus lépreux vinrent se faire soigner à l’Hôpital Saint-Lazare, certains restèrent au sein de la communauté monastique et prononcèrent leurs vœux tout en conservant leur engagement chevaleresque. Au 12ème siècle les chevaliers hospitaliers adoptèrent la règle de Saint-Augustin. Ainsi apparut l’identité définitive de l’Ordre de Saint-Lazare. Il fut confirmé comme Ordre religieux, militaire et hospitalier par une bulle du Pape Alexandre IV donnée le 11 des calendes d’avril 1255. Couverture de la règle du XIVè siècle Les hospitaliers de Saint-Lazare soignaient les lépreux et devaient accueillir parmi eux les chevaliers des autres ordres atteints de cette maladie. C’est ainsi que les Templiers prévoyaient dans leur règle l’accueil dans l’Ordre de Saint Lazare de leurs frères devenus lépreux. Après la prise de Jérusalem par Saladin en 1157, l’action militaire des Chevaliers Hospitaliers de Saint-Lazare se développe. Ils participent à la prise de Saint-Jean d’Acre en 1191. On les retrouve ensuite aux côtés de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen, Roi de Jérusalem, dans sa croisade de 1227. En 1244, ils prennent une part héroïque à la funeste bataille de Gaza. Puis, aux côtés du Roi de France, les chevaliers de Saint-Lazare participent au combat de Damiette et à la bataille de la Mansourah (1249). Lors du siège de Saint-Jean d’Acre en 1291, ils sont avec les chevaliers des autres ordres, les défenseurs héroïques de la dernière citadelle des Chrétiens en Orient. Les commanderies de l’Ordre existent alors dans de nombreux pays : France, Angleterre, Ecosse, Allemagne, Hongrie, Espagne, Italie, Suisse, Flandres, etc. En 1154, le Roi de France, Louis VII, donne à l’Ordre de Saint-Lazare le château royal de Boigny près d’Orléans. Après la perte de ses possessions en Terre Sainte l’Ordre regagne ses commanderies européennes et le Grand Maître, frère Thomas de Sainville, s’installe à Boigny qui accueillera ainsi le siège du Magistère de l’Ordre jusqu’à la Révolution Française. Afin de leur éviter toute spoliation, en 1308, le Roi de France, Philippe IV le Bel, prend l’ensemble des Chevaliers de Saint-Lazare sous sa garde et protection, qui, depuis lors, devient héréditaire. Depuis son siège de Boigny le Grand Maître dirige et développe les commanderies réparties dans toute l’Europe en recentrant leurs activités sur le soin des lépreux. Cette expertise médicale particulièrement appréciée est à l’origine de nombreux dons et legs qui permettent à l’Ordre de construire un important réseau de léproseries. Tous les deux ans, lors des célébrations de la Pentecôte, le Grand Maître réunit l’ensemble des chevaliers en Chapitre Général dans ce petit village de l’Orléanais devenu siège européen de Saint-Lazare. Au cours des 14ème et 15ème siècles, les chevaliers développent leur activité hospitalière et leur fonction militaire s’affirme. Ils sont notamment aux côtés du Roi de France pendant la Guerre de Cent Ans ; certains d’entre eux sont compagnons de Jeanne d’Arc au siège d’Orléans. Mais l’Ordre de Saint-Lazare doit, à la fin du 15ème et au cours du 16ème siècle, faire face à de nombreuses difficultés. En 1517, le Prieuré de Capoue se détache du Grand Magistère de Boigny et constitue une branche distincte de l’Ordre, laquelle, en 1572, est unie à l’Ordre de Saint-Maurice pour former l’ordre des Saints Maurice et Lazare, sous la grande maîtrise héréditaire des Ducs de Savoie. En Angleterre, le Roi Henry VIII, lorsqu’il rompt avec l’Eglise Catholique en 1534, réunit au domaine royal les biens de l’Ordre. En Allemagne et en Suisse, lors de la réforme, l’Ordre est dépossédé de ses biens. En France, grâce à la protection héréditaire des Rois de France, l’Ordre de Saint Lazare échappe à toute absorption et spoliation. Les Grands Maîtres de Boigny jouent un rôle important dans le royaume. C’est le cas de François Salviati (1578-1586) qui, avec l’aide de Henri III maintient le caractère international de l’Ordre ou celui de Aimard de Clermont de Chastes (1593-1603) qui est vice-amiral de France et compagnon du Roi.
En 1607, le Roi Henri IV fonde l’Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et en confie, en 1608, la Grande Maîtrise au Grand Maître de l’Ordre de Saint-Lazare, le marquis de Nerestang. L’union des deux Ordres sous une même Grande Maîtrise est confirmée par la bulle du Cardinal de Vendôme, légat du Pape en France, datée du 05 juin 1668, rappelant et confirmant les privilèges, grâces et indults accordés à l’Ordre de Saint-Lazare. Les deux Ordres réunis ont une vie commune jusqu’en 1788, soit un peu plus d’un siècle et demi, sans qu’il y ait pour cela fusion ou confusion. A partir de 1779, chaque Ordre reprend un recrutement et des insignes propres. En 1612, des vaisseaux de guerre arborant le pavillon des Ordres réunis prennent part à des expéditions au Niger. En 1666, dans le cadre de la restructuration de la marine française oulue par le Roi Louis XIV, les Ordres de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel constituent une flotte de guerre battant pavillon aux armes de l’Ordre dont le port d’attache est Saint-Malo. Cette escadre comprend dix frégates. Ces navires armés par les chevaliers eux-mêmes sont rapidement engagés contre les bâtiments anglais. En mai 1666, le Chevalier de Groslieu, commandant la frégate « Saint-Lazare » meurt au combat après avoir rejeté plusieurs abordages de trois frégates anglaises. En avril 1677, le Chevalier de Cicé prend le commandement d’une escadre de quatre frégates, au mois de mai lors d’une sortie il rencontre un corsaire anglais. Après un combat de deux heures et avoir tué le capitaine anglais il est lui-même tué. Enfin, en décembre 1667, les Ordres fondent, à Paris, une Académie de Marine. S’appuyant sur le dynamisme que les Ordres réunis viennent de démontrer et sur leur compétence hospitalière, le Roi Louis XIV confie en 1672 aux Chevaliers de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel l’administration de toutes les léproseries, hôpitaux et Maisons-Dieu du royaume. Les Ordres réunis constituent ainsi un véritable ministère de la santé jusqu’en 1693. Sous la Grande Maîtrise du Marquis de Dangeau (1693-1720), les Ordres connaissent un nouveau rayonnement et étendent leur recrutement dans divers pays : Espagne, Naples, Saxe, Pologne, Danemark, Suède, Ecosse et parmi les Chrétiens d’Orient, fidèles en cela aux origines de l’Ordre de Saint-Lazare. Après le Duc d’Orléans, premier Prince du sang, qui s’attache à un retour plus rigoureux de la pratique religieuse, notamment celle de la lecture de l’office quotidien prescrite par la règle, le Prince Louis de France, Duc de Berry et futur Roi Louis XVI, est investi de la Grande Maîtrise en 1757. Un différend entre l’Assemblée du Clergé de France et les Ordres réunis portant sur la capacité pour un Ordre essentiellement composé de laïcs de recevoir des biens ecclésiastiques conduit le Pape Clément XIV à rédiger la Bulle « Militarium Ordinum Institutio » du 10 décembre 1772, qui lui enlève capacité tout en le confirmant dans son état. Le Duc de Berry, devenu Roi de France, se démet de sa fonction de Grand-Maître et son frère, le Comte de Provence, futur Louis XVIII, lui succède en 1773. Par un règlement du 21 janvier 1779, le nouveau Grand-Maître sépare le recrutement des Ordres réunis. L’Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel est désormais réservé aux seuls élèves de l’Ecole Militaire. La dernière promotion est nommée en juillet 1787 et l’Ecole supprimée en 1788. Le Roi Louis XVI attribue, par lettres patentes de septembre 1788, les bâtiments de l’Ecole Militaire aux Chevaliers de Saint-Lazare. Les évènements de 1789 empêchent l’Ordre de poursuivre ses activités. IL n’y a pas d’investiture lors de la Saint-Lazare, le 17 décembre 1789, comme cela était la tradition, et le gouvernement révolutionnaire confisque tous les biens de l’Ordre en 1791, y compris la commanderie magistrale de Boigny. Le Comte de Provence part en immigration où il continue de diriger l’Ordre et de nommer des Chevaliers. En 1799, il admet dans l’Ordre le Tsar Paul 1er de Russie et le futur Tsar Alexandre 1er,faisant de même en 1808 pour le Roi Gustave IV de Suède. Par la suite, d’autre Chrétiens non catholiques sont admis dans l’Ordre comme Chevaliers d’honneur, permettant ainsi de faire apparaître un aspect particulier de la vocation de l’Ordre, celle de l’unité des Chrétiens. En 1814, lorsque le roi Louis XVIII rentre en France, l’Ordre de Saint-Lazare reprend sa place, mais le roi ne conserve pas la Grande Maîtrise, se contentant d’en être le Protecteur. Tout en restant favorable à l’Ordre, Louis XVIII ne fit rien pour lui redonner son lustre (cette attitude peut s’expliquer de la manière suivante : le Comte de Provence, lorsqu’il était encore en émigration utilisa une grande partie des fonds appartenant à l’Ordre, devenu roi, il autorisa les chevaliers à reprendre leurs activités, lui-même est représenté sur tous les tableaux officiels avec sa croix de Saint-Lazare, mais, certainement pour éviter un rappel de sa dette, il n’encouragea pas un redéploiement de l’Ordre). A sa mort, en 1824, son successeur, le Roi Charles X devient protecteur de l’Ordre. Celui-ci est alors dirigé par le Conseil des Officiers au nombre desquels figure le Chevalier Du Prat-Taxis, agent général de l’Ordre, secondé par le Baron Silvestre, héraut d’armes et du Baron Dacier historiographe, l’Abbé Picot étant Chapelain du Conseil. Louis XVIII, Protecteur de l’Ordre, ne semble pas avoir autorisé de nomination ou de promotion dans l’Ordre, par contre, sous le protectorat du Roi Charles X, une dizaine de nominations et deux promotions témoignent de son renouveau. Lors de la Révolution de 1830, les Chevaliers de Saint-Lazare perdent leur protecteur temporel, le Roi Charles X, contraint à l’exil. Le Conseil des Officiers, auquel se sont joints le Commandeur Comte d’Albignac et le Commandeur Marquis d’Autichamp, s’adressent alors à leur premier Protecteur spirituel, le Patriarche Grec Melkite. Le Patriarche Maximos III accepte, en 1841, de reprendre cette protection. Celle-ci, qui rappelle la première juridiction dont dépendait les Hospitaliers de Saint-Lazare au début de leur présence en Terre-Sainte, se substitue à celle du Roi de France en ce qui concerne la dimension historique et à celle directe du Saint-Siège en ce qui concerne la dimension spirituelle (le Conseil des Officiers est conscient de l’impossibilité, à cette époque, de faire admettre des chevaliers non catholiques par l’Eglise romaine dite de rite latin). Le choix du Patriarche grec catholique est un épisode important de l’histoire de l’Ordre. Les Chevaliers Hospitaliers de Saint-Lazare renouent ainsi avec l’humilité de leurs origines. Dès 1844, ils participent à une œuvre importante dans le cadre de leurs nouveaux engagements. Il s’agit de la reconstruction du monastère du Mont-Carmel près de Jérusalem. Cet important projet mobilise les énergies des membres de l’Ordre de Saint-Lazare dans la deuxième partie du 19ème siècle. Cette mobilisation s’élabore autour de deux objectifs : retrouver leurs racines en Terre Sainte et recentrer leur action hospitalière sur l’accompagnement des pélerins. Ce retour aux sources et cette action sont encouragés par un comité où l’on trouve le Comte de Montalembert, Alfred de Vigny, Alphonse de Lamartine côtoyant Alexandre Dumas et Victor Hugo. Ce comité constitué pour récolter des fonds édite une notice rédigée en 1844 qui précise : « …Depuis nos croisades l’ordre des Hospitaliers de Saint-Lazare, qui s’est formé en Palestine des premiers compagnons de Godefroy, pour nos compatriotes blessés loin de la Patrie, s’est joint à l’ordre des Carmes, et garde le caractère chrétien, humain et français de sa première institution ». Au cours de ces années, les derniers chevaliers, nommés pendant la restauration, sont rejoints pas des chevaliers nommés par le Conseil des Officiers et confirmés par les Patriarches successifs afin de maintenir le service de l’Ordre. En 1910, le Patriarche Cyrille VIII rétablit la chancellerie de l’Ordre à Paris et celle-ci reprend en main les destinées de l’Ordre. Après la guerre de 1914-1918, il s’étend en France, en Espagne et aux Pays-Bas et s’implante hors d’Europe notamment aux Etats-Unis et au Canada. En 1933, le Grand Magistère est restauré et Françoisde Bourbon, Duc de Séville, en prend la tête avec le titre provisoire de Lieutenant-Général. Les Chevaliers de Saint-Lazare développent leur action hospitalière et plus particulièrement en Terre Sainte dans le cadre des œuvres du Patriarcat (Jérusalem, Alep et Damas). En décembre 1935, le Chapitre général se réunit en France et le Duc de Séville est élu Grand-Maître. L’Ordre continue son développement international en restructurant des prieurés anciens, notamment en Allemagne avec le Prince Ferdinand de Hohenzollern, en Bohème avec le Prince Charles de Schwartzenberg, en Roumanie avec le Roi Carol II, en Bulgarie avec le Roi Boris III. Ces nouveaux prieurs aux noms prestigieux permettent un véritable renouveau de l’Ordre dans le cadre hospitalier comme dans celui de l’unité des chrétiens qui s’affirme comme faisant partie intégrante de sa vocation. En effet, la tradition instaurée par le Comte de Provence de nommer des Chevaliers d’honneur non catholiques se perpétue avec ces nouveaux Prieurs. Le Magistère et le Protecteur spirituel de l’Ordre sont catholiques mais les membres peuvent appartenir aux grandes religions chrétiennes. Les règles et statuts sont modifiés dans cet esprit et permettent dorénavant à des Dames de rentrer dans l’Ordre en souvenir des Sœurs de Saint-Lazare qui, aux côtés des Chevaliers Hospitaliers, soignaient les lépreuses. Lors de sa seconde guerre mondiale, l’Ordre de Saint-Lazare organise, dès 1940, un corps d’ambulances pour le front français. Pendant l’occupation, il institue un corps de volontaires secouristes dits « Volontaires de l’Ordre de Saint-Lazare » qui sauve de nombreuses vies lors des bombardements notamment en Normandie et en région parisienne. Son action humanitaire et patriotique est reconnue par le gouvernement français en 1945 et 1947. Celui-ci décerne, à ce titre, la croix de guerre au Grand Capitulaire de l’Ordre. Après le conflit, les Chevaliers de Saint-Lazare reprennent leurs actions hospitalières et leur démarche en faveur de l’unité des chrétiens. Pour cela, des accords sont passés avec Raoul Follereau afin de reprendre le combat contre la lèpre, des dispensaires sont créés en Afrique, un village pour lépreux est construit à titre expérimental au Sénégal, à Djifonghor. Au croisement de la vocation humanitaire et de celle de l’unité des Chrétiens, l’Ordre de Saint-Lazare accueille Albert Schweitzer comme chevalier. Le médecin et pasteur de Lambaréné va accompagner l’Ordre dans ses projets africains. L’ensemble de ces actions vaut à l’Ordre de Saint-Lazare la reconnaissance officielle d’un certain nombre d’états : la Bolivie en 1950, le Canada en 1963, l’Autriche en 1977, la Croatie en 1992 et la Hongrie en 1993. Le 12 septembre 2004, l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem a retrouvé une légitimité comparable à celle qu’il détenait avant 1830. En effet, un événement historique se déroule ce jour-là en la cathédrale d’Orléans. Le Prince Charles-Philippe d’Orléans, qui vient d’être élu la veille par le Chapitre Général, est investi dans ses fonctions de 49ème Grand-Maître de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem « tant en deçà qu’au delà des mers » par son Eminence le Cardinal Paskaï, Primat de Hongrie, assurant le lien avec le Saint-Siège. Cette cérémonie est couronnée par la proclamation solennelle du Chef de la Maison de France, Monseigneur le Comte de Paris, Duc de France, réaffirmant détenir dans son héritage, depuis le roi Philippe IV le Bel, le titre de « Protecteur de l’Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem ». A cette date, prend fin la Protection substitutive à celle du chef de la Maison de France et à celle du Saint-Siège que les Patriarches Grecs Melkites assumèrent pendant un siècle et demi. Actuellement l’Ordre de Saint-Lazare est déployé dans 24 pays de tous les continents. Son action hospitalière, qui se caractérise par des liens constants entre celui qui aide et celui qui est aidé, conserve sa vocation initiale orientée vers le soin des lépreux mais se développe également autour d’actions hospitalières en Europe centrale et de l’accompagnement des jeunes défavorisés des grandes villes.

L'Ordre en Terre Sainte

Des chevaliers lépreux, maintenant de Saint-Lazare, arborant la croix verte à la place de l'étoile blanche des Hospitaliers, rouge des Templiers ou noire des Teutoniques, se retrouvent les armes en mains dans les combats de Terre sainte comme pour la prise d'Acre en 1191, la bataille de Gaza en 1244, au combat de Damiette, à la bataille de Mansourah en 1250. C'est en adoptant alors la règle augustinienne que l'Ordre est reconnu comme hospitalier par une bulle d'Alexandre IV fulminée le 11 avril 1255. Lorsque la ville d’Acre est perdue lors du Siège de Saint-Jean-d'Acre en 1291, confirmant la perte des États latins d'Orient, le maître général de l'ordre, Thomas de Sainville, regroupe les restes de l'Ordre sur le Royaume de France, lui-même installant le siège de l'Ordre à la commanderie de Boigny-sur-Bionne.

L’Ordre en Occident

Près d'Orléans, le domaine de Boigny-sur-Bionne aurait été fondée par Louis VII et érigé en domaine royal. Au retour de la deuxième croisade, le roi installe sur le domaine des chevaliers de l'ordre de Saint-Lazare. Après son mariage avec Constance de Castille qui y aurait été célébré en 1154, il cédera l'ensemble du domaine à l'Ordre qui en fera sa commanderie mère. En Occident, les Lazarites ont une nouvelle vie et les fondations sont très nombreuses durant les xiiie et xive siècles : des commanderies de l’Ordre existent alors, en plus de la France, en Angleterre, Écosse, Allemagne, Hongrie, Espagne, Italie, Suisse, Flandres, etc.
Dans le même temps où Philippe le Bel cherche à exterminer l'Ordre du Temple, il met sous sa garde, en 1308, l'ordre de Saint-Lazare en déclarant le roi de France comme protecteur héréditaire de l'Ordre. Leur compétence au service des malades est appréciée. Au xve siècle cependant, l’ordre périclite rapidement. En Allemagne, ils sont incorporés à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1498. En France, les Templiers reprennent leurs commanderies à Boigny. Au xvie siècle l'Ordre perd une grande partie de ses ressources en même temps que des biens importants en Italie, Angleterre, Allemagne et Suisse. En 1517, le Prieuré de Capoue se sépare de l'Ordre pour former une branche distincte. En 1572, ce prieuré s'unit à l’ordre de Saint-Maurice pour former l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare qui se place sous la protection héréditaire des Ducs de Savoie. En 1534 lorsqu’il rompt avec l'église catholique, Henri VIII réunit le Prieuré anglais de Burton au domaine royal. En Allemagne et en Suisse, l'Ordre est dépossédé de ses biens par les princes protestants lors de la Réforme.

Union de l'Ordre avec l'ordre Notre-Dame du Mont-Carmel

En 1607, Henri IV fonde l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel pour sceller la réconciliation du roi de France, converti au catholicisme en 1593, avec le Saint-Siège. En 1608, il en confie la direction au grand maître de l’ordre de Saint-Lazare, Philibert de Nerestang. Après un refus du pape, l’union est confirmée le 5 juin 1668 par une bulle du Cardinal de Vendôme, légat du pape en France. Depuis lors, les deux ordres réunis sont plus soumis à la royauté qu'à la papauté. C'est le roi de France, et non le pape ou même les chevaliers, qui désigne le grand maître conjoint des deux ordres. Ils aident leur protecteur, le roi de France, en fonction de ses désirs, dans le secours aux vieux soldats, dans la course barbaresque ou sus à l'« Anglais » en armant dix frégates à Saint-Malo, en créant en 1667 l'académie de marine à Paris ou en administrant toutes les léproseries et hôtels-Dieu du Royaume entre 1672 et 1693. La royauté se servira aussi de l'ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem réunis comme d'un ordre de chevalerie avec l'ordre de Saint-Michel. À la création de l'ordre de Saint-Louis en 1693 par Louis XIV, l'ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem fut réservé aux personnes de fraîche noblesse, voire à de simples roturiers. Avec la nomination, en 1720, de Louis, duc d'Orléans comme grand-maître des ordres réunis (1720-1752), la grande maîtrise n'échappera plus à un prince de sang. Le duc d'Orléans va s'attacher à redonner aux ordres une plus grande rigueur religieuse en réinstituant une lecture de l’office quotidien tel que le veut la règle. Suivra Louis, duc de Berry (1757-1773), futur Louis XVI, qui devra régler un différend avec l’assemblée du Clergé de France au sujet de la capacité pour un ordre essentiellement laïque de recevoir des biens ecclésiastiques. Clément XIV règlera le problème avec la bulle Militarium Ordinum Institutio, le 10 décembre 1772, déniant cette capacité à un ordre non religieux. Enfin Louis, comte de Provence (1773-1814), futur Louis XVIII, est le dernier grand maître, il donnera une indépendance à chacun des deux ordres en 1779. C'est par un nouveau règlement du 21 janvier 1779, que le comte de Provence réserve l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel aux seuls élèves de l’École militaire.

Retour à un ordre hospitalier

Après la dernière promotion à l'École militaire en juillet 1787, le comte de Provence ferme l’École en 1788 et supprime l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel en attribuant par lettres patentes de septembre 1788, ses biens à l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. La Révolution va précipiter la fin de l'ordre de Saint-Lazare quand le gouvernement révolutionnaire confisque tous les biens de l’ordre en 1791, à commencer par la commanderie magistrale de Boigny-sur-Bionne. Le comte de Provence part en exil à Coblence, à Kalmar, Riga et enfin Mittau d'où il continue de diriger l’ordre en nommant des chevaliers. En 1799, il admet le tsar Paul Ier de Russie, grand admirateur des ordres de chevalerie et son fils le futur tsar Alexandre Ier de Russie. En 1808, c'est le roi Gustave IV Adolphe de Suède qu'il nomme chevalier. Il s'installera dès 1807 en Grande-Bretagne qui lui versera, ainsi que la cour du Brésil, des fonds. Le futur Louis XVIII épuisera aussi les derniers biens de l'ordre de Saint-Lazare pour entretenir la petite cour qui l'entoure. Devenu roi de France en 1814-1815, il ne porte plus le titre de grand maître mais celui de protecteur de l'ordre de Saint-Lazare. Il se gardera bien de nommer un nouveau grand maître, laissant l'ordre à la direction d'un administrateur général, Claude-Louis, duc de La Châtre (1814-1824). À la mort de Louis XVIII, la protection de l'ordre revient à Charles X qui laisse la direction de l'ordre à un conseil des officiers. Après la Révolution de 1830 et le départ du roi en exil, l'ordre de Saint-Lazare n'a plus d'activité et les derniers chevaliers recherchent, pour renouer avec les origines, la protection du patriarche grec-melkite qui n'acceptera la charge de protecteur qu'en 1841 quand il ne reste plus rien à protéger.

Liste des grands maîtres de l’ordre de Saint-Lazare

Le manque de documents sur l'origine de l'Ordre ne permet pas de connaitre avec certitude les premiers responsable de l'Ordre. Il existe même une confusion avec les Hospitaliers de Saint-Jean qui fait attribuer certains de ses responsables aux Hospitaliers de Saint-Lazare comme frère Gérard, Boyant Roger et même Raymond du Puy. Nous possédons une liste dressée par Dorat de Chameulles dans son Armorial des Ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare qui fait débuter la liste des supérieurs de l'ordre en 1234.

Supérieurs de l'Ordre en Terre Sainte

Raynaud de Flory (1234-1254) : les Flory tenaient un rang distingué dans le royaume de Jérusalem, mais leurs origines et leurs armes ne sont pas connues. Vers 1200, un Flory de Fouquerol était prieur de France des Hospitaliers de Saint-Jean.
Jean de Meaux (1254-1277) : titré précepteur général de l'ordre. Plusieurs membres de cette famille se croisèrent et l'un d'eux escorta de Terre Sainte à la Sainte Chapelle de Paris la Sainte Couronne d'épines du Christ.
Thomas de Sainville (1277-1312) : titré maître général de l'ordre.

Supérieurs de l'Ordre au Royaume de France

Adam de Veau (1312-1342).
Jean de Paris (1342-1349).
Jean de Coaraze (1349-1354/55) : dit fautivement Courras et Couraze.
Jean Le Conte (1354/55-1368).
Jacques de Besnes alias de Baynes (1368-1384).
Pierre des Ruaux (1413-1454).
Guillaume des Mares (1454-1469) : il existe en Normandie, province dont ce maître des Hospitaliers de Saint-Lazare était originaire, une famille des Mares de Bellefossé qui revendique Guillaume pour l'un des siens.
Jean Le Cornu (1469-1493).
François d'Amboise (1493-1500) : neveu d'Aimery d'Amboise, grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Agnan de Mareuil (1500-1519).
François de Bourbon, comte de Saint-Pol (1519-1521) : son inscription sur la liste des chefs de l'ordre n'est justifiée que par un acte du 18 juin 1521 le qualifiant commandeur de Boigny. Il appartenait à la branche des Bourbon-Vendôme et c'est par son mariage, en 1535, qu'il devint duc d'Estouteville.
Claude de Mareuil (1521-1524) : neveu d'Agnan de Mareuil.
Jean Conti (1524-1557).

Grands maîtres de l'Ordre

Jean de Levis (1557-1564) : il est mis à la tête de l'ordre en vertu de la bulle Nos igitur de 1489. Prend le titre de grand maître.
Michel de Sèvre (1564-1578) : chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, l'un des plus remarquables grands maîtres de Saint-Lazare avec ses successeurs Salviati et Clermont-Chastes.
François Salvati (1578-1586) : parent et conseiller de Catherine de Médicis.
Michel de Sèvre (1586-1593) : en renonçant à sa charge en faveur de Salviati, il s'en était réservé certains droits honorifiques et reprit ses fonctions après la disparition de ce dernier.
Aymar de Clermont de Chastes (1593-1603) : maréchal de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Vice-amiral des mers du Ponant. Selon certains auteurs, dont Dorat de Chameulles qui le cite dans son armorial, Clermont aurait eu pour successeur immédiat Hugues Catelan de Castelmore dont le magistère fut bref.
Charles de Gayand de Monterolles (1603-1604) : neveu de Clermont et assumant les fonctions de grand maître dès 1599 d'après Gautier de Sibert.
Philibert, marquis de Nérestang (1604-1620) : grand maître de Saint-Lazare puis (1608) des ordres réunis de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel.
Claude, marquis de Nérestang (1620-1639) : fils du précédent.
Charles, marquis de Nérestang (1639-1644) : fils du précédent.
Charles-Achille, marquis de Nérestang (1645-1673) : frère de Charles.
Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1673-1691) : avec le titre de vicaire général jouissant des pouvoirs attachés à celui de grand maître.
Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau (1693-1720).
Louis d'Orléans, duc de Chartres, puis duc d’Orléans (1720-1752).
Louis de France, duc de Berry (1757-1773) : il quitta le grand magistère en devenant dauphin et fut le roi Louis XVI.
Louis de France, comte de Provence (1773-1814) : frère du précédent et futur Louis XVIII. Le futur Louis XVIII épuisera aussi les derniers biens de l'ordre de Saint-Lazare pour entretenir la petite cour qui l'entoure. Devenu roi de France en 1814-1815, il ne porte plus le titre de grand maître mais celui de protecteur de l'ordre de Saint-Lazare. Il se gardera bien de nommer un nouveau grand maître, laissant l'ordre à la direction d'un administrateur général, Claude-Louis, duc de La Châtre (1814-1824). À la mort de Louis XVIII, la protection de l'ordre revient à Charles X qui laisse la direction de l'ordre à un conseil des officiers. L'ordre disparaît définitivement en 1830, à la chute de Charles X.